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Remaniement : Où va l'écologie ?

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Le parti Europe Ecologie Les Verts a refusé de participer au Gouvernement Valls II, nommé ce 26 août 2014 par le Président de la République sur proposition du Premier ministre. Une décision, à mon sens malheureuse, qui appelle sans doute un tournant dans l'histoire de l'écologie politique.

Lorsque l'on s'intéresse au droit de l'environnement, il est difficile de ne pas s'intéresser aux décisions et stratégies de celles et ceux qui portent ou disent porter les thèmes de l'écologie, du développement durable ou de la transition énergétique, dans le débat politique notamment.

J'ai la chance de rencontrer régulièrement des élu(e)s et responsables politiques pleinement engagés pour les économies d'énergie, les énergies vertes, la lutte contre le changement climatique, la mobilité durable, l'agro-écologie. L'actualité médiatique ne leur donne pas toujours la parole mais il faut saluer leur travail. Ils sont plus nombreux qu'on ne le pense et les citer fait toujours courir le risque d'en oublier, de commettre une injustice. Je ne résiste cependant pas tout à fait à l'envie de citer des députés comme Jean-Paul Chanteguet, Sabine Buis, Philippe Martin, Delphine Batho, Serge Bardy (PS) ou Bertrand Pancher (UDI). Au centre et vers la droite, des élu(e)s comme Yann Werhling, Jean-Louis Borloo, Chantal Jouanno, Nathalie Kosciusko-Morizet  ont contribué ou continuent de contribuer à ce que les choses avancent dans le bon sens. Pardon à toutes celles et ceux que j'oublie, ici seulement. 

Il existe des écologistes ailleurs qu'à Europe-Ecologie-Les Verts mais, nécessairement, ce parti retient l'attention lorsque l'on parle d'écologie politique, par son projet historique. Mais pour combien de temps encore ? Ce mouvement est en effet divisé, notamment entre celles et ceux qui souhaitent accéder aux responsabilités gouvernementales et celles et ceux qui préfèrent y renoncer, au nom d'une "pureté" d'idées, d'une défense de la "vraie gauche" et d'une hostilité à un libéralisme caricaturé.

La journée du mardi 26 août 2014 marquera l'histoire de ce mouvement. Alors que des cadres et parlementaires du parti vert défendaient - légitimement - la participation au Gouvernement et la prise de risque que cela induit, le "bureau exécutif" a décidé en un heure trente d'interdire tout accès au Gouvernement Valls 2. Et ce, alors que le Premier ministre proposait deux places dont celle d'un ministère de l'économie verte qui aurait été fort utile. Les candidats éventuels à une poste gouvernemental ont même été menacés sur les réseaux sociaux de suspension, d'exclusion ou, pire, accusés de vouloir "vendre" l'écologie au grand capital. L'un d'entre eux m'a confié que c'est bien cette pression "amicale" qui a dissuadé toute participation verte au Gouvernement.

Pour évoluer, l'écologie gagnerait beaucoup à de nouvelles convergences entre les hommes et les femmes qui partagent la même préoccupation environnementale dans le monde politique et dans le monde de l'entreprise. Il serait temps de créer ou de renforcer les dialogues entre les responsables de développement durable, les juristes en droit de l'environnement, les économistes de l'environnement, les spécialistes de la fiscalité environnementale ou de l'ISR, les chefs d'entreprises innovantes, les start-up vertes, les chefs de projet éoliens, les développeurs d'énergies renouvelables, etc... Partout en France, des jeunes et moins jeunes créent ou travaillent dans des entreprises qui manipulent des certificats d'économies d'énergie, construisent des éoliennes, installent des panneaux solaires, construisent des bâtiments à énergie positive, conçoivent des modes de transports propres, rapprochent numérique et écologie, réutilisent ou recyclent des déchets, inventent l'économie collaborative... Partout, les initiatives se multiplient, les idées germent grâce à une conception positive, moderne et enthousiaste de l'écologie. Partout, des associations, des coopératives, des partenariats, des PME ou TPE investissent ces nouveaux sujets, ces nouveaux marchés, ces nouvelles sources de richesse et d'emplois.

L'écologie gagnerait également à ce que soient mieux mis en lumière toutes les réalisations des élu(e)s locaux et des collectivités territoriales en matière de territoires à énergie positive, de transition énergétique, de réhabilitation des sites industriels, d'aide à la conversion vers une agriculture moins intensive, de promotion de projets d'écologie industrielle...

Il convient bien sûr de ne pas simplifier injustement. Des élu(e)s comme François-Michel Lambert (député EELV et président de l'Institut de l'économie circulaire) oeuvrent à rapprocher leur parti avec le secteur économique et l'entreprise. D'autres députés verts comme Denis Baupin acceptent de pousser vers l'avant des compromis, notamment sur le nucléaire, à faire preuve de pragmatisme et pas seulement de partis pris. Bien d'autres tiennent un discours positif, pragmatique et résolument européen comme Daniel Cohn-Bendit ou Sandrine Bélier sur la biodiversité. 

Malheureusement, la crainte de n'être pas "vraiment de gauche", d'être taxé de "libéral" ou de "greenwashing" continue de prospérer. Et, à cette aune, le Gouvernement Valls 2 ne présentait donc pas tous les certificats requis. Peu importe qu'il soit strictement paritaire et qu'il permette à des jeunes hommes et femmes brillant(e)s d'accéder aux plus hautes responsabilités - et notamment au ministère de l'éducation nationale : il est condamné par avance car le ministre de l'économie a été banquier.  

C'est une erreur car plusieurs projets de lois très importants vont prochainement être discutés et la contribution des écologistes est attendue : projet de loi sur la biodiversité, sur la transition énergétique, sur le code minier, projet de loi de finances pour 2015... C'est une erreur car l'écologie doit se diffuser et tant mieux si elle emprunte plusieurs canaux, plusieurs manières de faire, n'en déplaise aux cardinaux et aux prophètes. Certes, ce pouvoir est, lui aussi, critiquable et je regrette à mon tour l'absence d'ambition sur la fiscalité verte, par exemple. Mais l'observer ou parier sur son échec ne le changera pas résolument et ne changera pas l'avenir de nos enfants.

L'écologie politique a donné hier une image déconnectée dans laquelle nombre d'acteurs engagés dans des démarches sincères de développement durable ou d'économie circulaire ne se reconnaîtront sans doute pas. A ce rythme, son parti historique reviendra à un étiage électoral anecdotique. Que je ne souhaite pas. Il est donc temps de réinventer l'imaginaire politique de l'écologie, de l'ancrer dans le réel et d'agiter les opportunités plutôt que les craintes. Et l'exercice du pouvoir au risque du débat et des compromis, dans l'entreprise ou en politique, ne doit pas être vilipendé mais revendiqué.

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Commentaires

  • Bonjour et merci pour ce post cherchant à motiver les troupes.

    Je remarque que les troupes pointées dans ce post (" Partout en France, des jeunes et moins jeunes créent ou travaillent dans des entreprises qui manipulent des certificats d'économies d'énergie, construisent des éoliennes, installent des panneaux solaires, construisent des bâtiments à énergie positive, conçoivent des modes de transports propres, rapprochent numérique et écologie, réutilisent ou recyclent des déchets, inventent l'économie collaborative") sont toutes du paradigme environnemental (énergie, électronique, matériau...). Je me pose la question à savoir si aucune troupe ne travaille sur le paradigme vivant (le vivant qui vit, celui qui se risque dehors à contrôler la planète pour créer un milieu confortable pour tous...). On croirait presque que ces troupes-là vont nous construire un monde "mort-vivant" où le vivant serait tabou, absent, incompris autant en pensée qu'en pratique. Ce serait tout de même embarrassant car un monde mort-vivant, malgré toute l'énergie (même 100% propre) sera toujours, voire encore plus, en crise écologique.

    Je sais que le vivant n'a pas de prix (trop cher) mais tout de même ce n'est pas une raison pour les oublier. Je me demande quelle force obscure nous pousse à ce tropisme. Peut-être que la caricature n'est pas là où on le pense et bien plus proche de nous qu'on pourrait le penser...

    En attendant, je suis d'accord avec vous. Sans prise de risque politiques, nos représentants écolo n'auront aucun bénéfice.

  • Bonjour, et merci pour cette démonstration qui a le mérite de la clareté.
    Je ne peux cependant m'empêcher d'être en désaccord avec vous. A vous lire, on pourrait penser que seule une présence dans un gouvernement permettrait aux écologistes de peser sur les futurs projets de loi.
    Or la situation d'un ministre écolo dans un gouvernement PS est très compliquée. Que restera-t-il bientôt de la loi ALUR, si les petites phrases de Valls se transforment en actions ? Mais surtout, que reste-t-il du passage des différents ministres écolo dans différents gouvernements, ces 20 dernières années ?
    Et enfin, que faites-vous de l'activité des députés écologistes ? De leurs prises de position, de leurs propositions, de leurs amendements ? Notre démocratie est à ce point si peu "démocratique" que vous avez (nous avons tous) le regard rivé sur l'exécutif, en oubliant que le législatif (le soutien des députés constituant la majorité à l'assemblée nationale) doit avoir le dernier mot dans un régime démocratique.
    A l'inverse, le soutien des écologistes (car en étant présent au gouvernement, EELV soutiendrait) )à une politique non seulement libérale (c'est à dire, qui reprend les thèmes et les solutions de l'UMP), mais surtout une politique oublieuse des engagements du candidat Hollande en matière de protection de l'environnement, de lutte contre le réchauffement climatique, de transition énergétique (sans parler du volet social), brouille la compréhension du citoyen lambda sur ces questions. Et les accusations de "soigner sa carrière", ou de "profiteur" fusent à l'encontre des ministres écolo, à chaque fois qu'ils doivent s'assoir sur leurs convictions pour cause de solidarité gouvernementale.
    Notre constitution très particulière oblige les représentants écologistes (comme ceux des autres minorités politiques) à un équilibre précaire entre "responsabilité" et "protestation". Ils leur restent à être clairs pour le grand public sur leurs intentions et leurs objectifs. Ce n'est pas le plus simple.
    Je suis d'avis qu'il faut discerner la politique, la représentation politique et le jeu des acteurs politiques, de ce qui se passe dans la société, où des individus issus de (presque) tous les horizons culturels, philosophiques et politiques peuvent s'engager dans des actions positives pour la transition écologique. Il s'agit de deux sphères totalement différentes. Et l'étiage électorale d'EELV dépend d'un nombre beaucoup plus importants de critères que le simple fait d'être présent ou non au gouvernement. Cordialement,

  • Bonjour,

    La compétitivité de notre Pays n'est pas au sommet de son excellence.
    Messieurs les politiques, nous dirigeant de PME innovantes, laissez nous travailler librement sans vouloir imposer de multiples contraintes pour être plus blanc que blanc.
    Donnez de la visibilité aux entreprises et aux projets, stabilisez la conjoncture et surtout soyons concret et constructif!. Les longs discours philosophes incompréhensifs n'ont jamais fait avancer le Pays, à la vue que personne ne les comprend.
    La transition énergétique s'engage, bien que nous n'ayons pas les moyens de nos ambitions. Donc soyons constructifs et portons ce projet au mieux!

    Salutations

  • Bonjour

    comme très souvent, j'apprécie la clarté et l'audace de vos propos. Et vos propos sont dans ce texte très audacieux. Il est en effet temps de sortir des silos politiques pour se mettre au travail. Il est temps aussi d'accepter que l'environnement n'est pas l'apanage d'un seul groupe politique, d'un seul groupe social et économique. L'environnement est l'affaire de tous et doit être traité dans toutes ses dimensions y compris économiques. Ce ne sont pas des contraintes qu'il faut mettre en place mais des opportunités pour les entreprises de développer leur stratégie, d'augmenter leurs revenus en intégrant les approches environnementales. Sortir du volet punitif de l'environnement, sortir des peurs que véhiculent l'environnement (changement climatique, 6ème extinction de la biodiversité, eau pollué, produits agricoles contaminés etc) pour aller vers des envies de construire un projet de société qui fasse envie et qui dynamise. Bref si on faisait enfin du développement durable pour que l'homme et ses activités trouvent leur place dans l'environnement et l'environnement dans l'avenir de l'homme et de ses activités.

  • Bonjour

    comme très souvent, j'apprécie la clarté et l'audace de vos propos. Et vos propos sont dans ce texte très audacieux. Il est en effet temps de sortir des silos politiques pour se mettre au travail. Il est temps aussi d'accepter que l'environnement n'est pas l'apanage d'un seul groupe politique, d'un seul groupe social et économique. L'environnement est l'affaire de tous et doit être traité dans toutes ses dimensions y compris économiques. Ce ne sont pas des contraintes qu'il faut mettre en place mais des opportunités pour les entreprises de développer leur stratégie, d'augmenter leurs revenus en intégrant les approches environnementales. Sortir du volet punitif de l'environnement, sortir des peurs que véhiculent l'environnement (changement climatique, 6ème extinction de la biodiversité, eau pollué, produits agricoles contaminés etc) pour aller vers des envies de construire un projet de société qui fasse envie et qui dynamise. Bref si on faisait enfin du développement durable pour que l'homme et ses activités trouvent leur place dans l'environnement et l'environnement dans l'avenir de l'homme et de ses activités.

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