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L'énergie en 1981 ou en 2013 : Tribune de Jason Eyrat

Action solaire octobre 1981 - Copie.jpgJe remercie Jason Eyrat (pseudonyme d'un acteur du domaine de l'énergie) de m'avoir adressé cette tribune que je publie ci-dessous. Un parallèle intéressant entre 1981 et 2013.

Pour un programme d’indépendance énergétique une transition énergétique

Par Jason Eyrat

Ca se passait en 1981 2012. La France souffrait encore de deux chocs pétroliers et d'une crise économique. La campagne de l'élection présidentielle avait été marquée par le rejet des Français du président sortant, et la promesse par le candidat socialiste d'une "diversification de l'approvisionnement énergétique" (proposition n°38engagement n°41) et d'un "référendum sur le programme nucléaire l'exploitation des gaz de schiste".  Le candidat socialiste fut élu.

La préparation du débat fut confiée à M. Jean-Pierre Hugon  M. Thierry Wahl, qui produisit un rapport sur les besoins énergétiques à l'horizon 1990 un socle de connaissances. L'attente était immense, ce "processus sans précédent" marquerait "la première étape d’une réconciliation entre l’énergie et le peuple français."  Car, "au cours de ces dernières années la politique énergétique française a toujours été décidée de façon autoritaire et centralisée."

Les ambitions étaient fortes : produire 10 Mtep de plus d'énergies renouvelables (hors hydroélectricité) et s'assurer d'un taux de 50 % d'indépendance énergétique en 1990 produire 20 Mtep de plus d'énergies renouvelables à l'horizon 2020 et ramener la part du nucléaire dans la production d'électricité de 75 à 50 % en 2025. Le hypothèse de croissance économique était robuste et réaliste : assurer une croissance moyenne de 5 % à l'horizon 1990 de 1,8 % d'ici à 2050.

Les collectivités bataillaient pour récupérer compétences et financements : " L’énergie est une des chances de la décentralisation : elle suppose une nouvelle répartition des compétences, nouvelles structures et nouvelles procédures. La part des énergies renouvelables dans le bilan énergétique national ne pourra croître que si les autorités décentralisées se mobilisent dans ce domaine. La politique d’utilisation rationnelle de l’énergie, d’économie et de substitution, exige de ces mêmes autorités détermination, pouvoirs et moyens. Chaque région a élaboré un [schéma régional du climat, de l’air et de l’énergie] tenant compte des prévisions régionales en matière démographique et économiques, incluant des objectifs physiques d’économie d’énergie et d’énergies renouvelables. Si la région demeure un lieu qui facilite la programmation décentralisée, l’expression d’ensemble des besoins régionaux, l’agglomération et la commune restent les véritables lieux pratiques et concrets du développement de toutes ces actions. C’est à ces niveaux que l’on maîtrisera le mieux certains aspects de la consommation énergétique, à travers nos plans d’urbanisme, de transport, de circulation, d’aménagement, de gestion des réseaux. Il importe que, pour la mise en œuvre des programmes énergétiques et des choix correspondants, les populations et collectivités locales soient étroitement associées et pleinement informées. L’adhésion des populations constitue une condition d’efficacité".

Très vite, des divergences apparurent entre le ministre délégué auprès du ministre de l'industrie, chargé de l'énergie M. Edmond Hervé le ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie Mme Delphine Batho et le ministre de la recherche et de la technologie M. Jean-Pierre Chevènement le ministre du redressement productif M. Arnaud Montebourg, notamment sur le sujet du nucléaire des gaz de schiste ou celui de la croissance économique. L'un mettait en garde : "Le contexte actuel d'abondance temporaire engendre une fragilité très grande." L'autre affirmait au contraire : "Une énergie abondante est nécessaire parce que c'est la condition d'une croissance forte. Une énergie compétitive, directement par son prix et indirectement par les technologies qu'elle est susceptible d'impliquer, se révèle opportune."

Sur la décennie 1981-1990, la croissance des énergies renouvelables fut quasi nulle (pour un objectif de 10 à 14 Mtep en plus de l'hydroélectricité). Le taux d'indépendance atteint l'objectif de 50 % grâce...au nucléaire (sur ce sujet : http://www.global-chance.org/spip.php?article234). Sans oublier le contre-choc pétrolier de 1985, l'abandon de la maîtrise de l'énergie et un plan social à l'agence française pour la maîtrise de l'énergie (ancêtre de l'AADEME) lancé par Jean-Marc Ayrault Alain Madelin.

En juin 2012, Nicole Bricq fut écartée pour avoir contrarié Shell et Total.

Le 2 juin 2013, Delphine Batho est limogée pour avoir jugé "mauvais" le cadrage budgétaire de son ministère.

Si vous n'aimez pas les remakes et préférez la version originale, lisez le compte-rendu intégral des séances de l'assemblée nationale des 6 et 7 octobre 1981 (http://archives.assemblee-nationale.fr/7/cri/7-1981-1982-ordinaire1.asp) ainsi que ce comparatif des visions des années (19)80 (http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rei_0154-3229_1982_num_20_1_2051).

Les citations en italique sont tirées des débats parlementaires de 1981...Les passages rayés datent aussi de l'époque...

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Commentaires

  • Que faisait Pierre Gattaz en 1981?

    http://www.challenges.fr/economie/20130707.CHA1858/pierre-gattaz-se-declare-oppose-a-toute-fiscalite-ecologique.html

  • Ça y est, il a osé : "on arrivera, avec la technique, dans très peu de temps, au gaz de schiste écologique". Comme disait Audiard...

    (il s'intéressera bientôt au charbon? cf. débats parlementaires de 1981!)

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/07/10/arnaud-montebourg-veut-creer-un-groupe-public-pour-exploiter-le-gaz-de-schiste_3445393_3234.html

  • Jean-Pierre Chevénement en 1981 : "La voiture à faible consommation d'essence, trois litres aux cent kilomètres, est le thème majeur"

  • Paul Quilès en 1981 : "J'en viens au charon, une énergie ancienne qui retrouve, depuis quelque temps, une certaine jeunesse. La consommation de charbon doit être relancée car elle est indéniablement d'une des clés de la diversification de notre approvisionnement en énergie. La relance de la production nationale est un élément important pour l'indépendance et pour une nouvelle politique de l'emploi"

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