Arnaud Gossement - Avocat

Droit public - Environnement - Urbanisme - Energie - Santé

Ecologie, année zéro

Fotolia_3257432_L.jpgA droite comme à gauche, ces derniers temps, il semble que l'écologie ne soit plus une priorité. Paradoxalement, elle n'a jamais été à ce point nécessaire et urgente pour comprendre le basculement du monde. Brèves réflexions.


Ce jeudi 18 octobre, en écoutant France Info, j'ai été particulièrement frappé d'entendre ce reportage consacré à la place inexistante de l'écologie dans le projet de loi de finances pour 2013. Pour résumer, il semble qu'en période de crise l'actuelle majorité de gauche, comme hier celle de droite, considère que l'écologie ne soit pas compatible avec la réduction de la dette publique et la lutte contre le chomage. L'écologie c'est pas pour maintenant mais pour demain, si les choses vont mieux. Une fois de plus, l'engagement du Grenelle de l'environnement de ne plus opposer écologie et économie est violé par l'Etat lui-même.

Au demeurant, l'examen en cours du projet de loi de finances n'est qu'un exemple de plus de ce que la greffe de l'écologie ne prend pas au sommet de l'Etat alors qu'elle progresse - fort heureusement - dans les entreprises et les collectivités territoriales. Inutile de revenir ici sur les propos tenus par l'ancien Président de la République lors d'un salon de l'agriculture et qui ont été traduits par "l'écologie ça commence à bien faire". Pour l'actuel Président de la République, certes récemment élu, l'écologie ne semble pas non plus constituer une priorité absolue. Et ce malgré le discours d'ouverture de la conférence environnementale des 14 et 15 septembre. Du limogeage de la ministre de l'écologie en plein sommet de la terre en passant par l'injection de 300 millions d'euros dans une vaine et polluante tentative de baisse des prix du carburant : le développement durable serait-il passé de mode ? La question se pose à l'écoute d'un Premier ministre qui défend un projet anachronique d'aéroport à Notre Dame des Landes, d'un ministre du redressement productif qui ne parle pas de l'industrie verte ou du ministre de l'économie qui ne parle jamais de fiscalité verte, de contribution climat-énergie, de chèque vert, de niches polluantes.

Et pourtant... la hausse du prix des énergies de stock, la nécessité de changer les usages de l'énergie ou des transports, le désir d'échanges et de collaborations, le réveil des territoires, l'attention portée au lien entre santé et environnement : notre société change bien plus vite que certains politiques, malgré ses contradictions ou ses résistances.

En définitive, l'écologie comme la politique apparait malade d'un clivage droite gauche, artificiellement entretenu pour des motifs électoraux par les institutions de la Vème République mais intellectuellement vide de sens. Qu'il s'agisse de l'europe, de la fiscalité, de la sécurité, de l'écologie : les clivages, les débats, ne s'organisent plus sur la logique binaire droite/gauche que nous connaissons. Les lignes de fractures, les enjeux, les oppositions ne s'articulent plus sur la frontière censée séparer la droite de la gauche. Il s'en serait temps d'en changer et d'adapter nos institutions en conséquence. En commençant par l'europe.

Malheureusement, quels que soient leurs mérites et leurs compétences et à l'exception de quelques réformes, les écologistes qui choisissent d'aller à droite ou à gauche ne parviennent pas ou plus à faire oublier aux "grands partis" leur nostalgie des trente glorieuses, âge d'or supposé d'une économie fondée sur la croissance et la consommation, mais sans état d'âmes pour le gaspillage de ressources naturelles limitées. Les écologistes de gauche, même membres du gouvernement, n'ont pas encore réussi à faire admettre au parti majoritaire que le développement durable n'est pas un simple supplément d'âme du logiciel productiviste. En face, à l'instar de Chantal Jouanno qui avait rédigé une note sur "les principes d'une écologie de droite", les écologistes n'ont pas réussi à entretenir le souffle du Grenelle.

Alors que faire ? Bien des hypothèses peuvent être formulées. Une première option peut être de penser que l'Etat n'avancera qu'à la remorque d'autres acteurs, dont les entreprises. D'où le désintérêt pour la politique nationale de nombreux acteurs du développement durable que je peux croiser. Une deuxième option est de prendre son mal en patience et de continuer à tenter de faire évoluer les "grands partis" en agissant de l'intérieur ou à leur immédiate périphérie. Une troisième option serait de penser que chacun ne doit agir qu'en fonction de sa propre expertise, sans engagement politique prérequis. Bien des écologistes associatifs estiment pareillement que franchir la porte d'un parti politique ne sert pas la cause. Je l'avoue, cette option constitue souvent ma tentation, en me consacrant à la pratique du droit de l'environnement auprés des entreprises et collectivités clientes de mon cabinet. Une autre option enfin est de réflechir à un engagement politique fondé sur le refus d'un clivage obsolète et d'une nostalgie totalement révolue. Réfléchissons.

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4 Commentaires

  1. Malheureusement, il est d'une impeccable constance que les gouvernements ne réalisent que des politiques à court terme dans une finalité uniquement électoraliste.

    Prendre le risque de réaliser une transition énergétique qui ne portera ces fruits que dans quelques années (bien après les prochaines élections présidentielles) ? Au diable ! L'innovation est devenue essentiellement de l'oeuvre du privé à l'heure où les (quasi) seules techniques de pointe que possède la France au niveau international s'épuisent, mais sont d'origine gouvernementale (nucléaire, tgv...).

    Au contraire, le gouvernement, pour se financer, pompe les crédits disponibles sur le marché au détriment du secteur privé qui lui, ne peut plus emprunter et donc ne peut plus innover. A quoi bon un Etat si présent s'il ne peut pas avoir une vue stratégie et lancer de grand chantier lorsqu'il le faut ? Où est partie le commissariat du plan ?

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  2. Plusieurs remarques.

    Tout d'abord, croire qu'il faut que les politiques suivent les entreprises sur le chemin du DD et bien, je n'y crois pas car justement, les entreprises françaises commencent à être larguées au niveau mondial sur ces sujets (cf mon post de samedi à ce sujet : http://www.ecolodujour.com/article-quand-la-chine-devient-le-premier-fabricant-de-technologies-propres-111476429.html)

    Pour la deuxième option : l'évolution de l'intérieur et bien, on se rend compte que même si certains semblent sincères (je pense à NKM, Borloo, Lepage...) et bien, ils n'arrivent pas au final à faire comprendre à leurs amis politiques les vrais enjeux de l'écologie

    Pour la troisième option ....et bien, j'arrive souvent à cette conclusion. Une fois que l'on rentre dans un parti politique...on devient bête ! J'en veux pour preuve les remarques des politiques lorsqu'il y a des débats publics....ils sont caricaturaux à l'extrême et ne font plus avancer le débat. Ce sont les associations (enfin...certaines :-)) et les citoyens engagés qui font bouger la société..et non les politiques qui sont souvent à la traine....

    Je veux bien réfléchir mais.....toutes les tentatives précédentes n'ont elles pas abouti soit à des échecs, soit au grand retour du gauche - droite avec les bons et les méchants de chaque coté?

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  3. Je suis effectivement très déçu par le Président de la République et le Gouvernement en places, pour qui je nourrissais cependant un grand espoir de changement avec notamment l'association d'EELV dans leurs rangs... Je pense effectivement que les orientations qui sont prises, sont archaïques et obsolètes. Je suis persuadé qu'une "troisième voie" s'inspirant notamment de la doctrine du développement durable (mais pas que...) pourrait résoudre bon nombre de "nos soucis de pays riches". Si les politiques raisonnent encore avec retard et nostalgie des 30 Glorieuses, malheureusement une grande part de la population pense également de la même manière. Cette majorité de citoyens n'est pas encore prête à consommer, habiter, se déplacer... de manière plus "durable" et ce, d'autant plus qu'effectivement les politiques ne donnent pas l'exemple et font encore moins oeuvre de pédagogie sur la question. Ceci, pour les raisons précédemment évoquées et le manque de courage pour passer à un autre modèle de société... c'est donc un cercle vicieux. Parallèlement, l'écart entre riches et pauvres se creuse toujours plus, et la recherche de profit immédiat (donc l'inverse de l'esprit de "durable", c'est-à-dire le long terme dans le respect des trois "piliers" du DD, etc.) et l'étalage des signes extérieurs de richesses et de surconsommation effrénée, n'encourage pas la classe moyenne et pauvre à faire preuve de sobriété (c'est seulement par contrainte et pas par conviction...). Tout cela me fait craindre l'explosion d'une "bombe sociale" à plus ou moins long terme...
    Vive l'action des associations concernées et des acteurs réellement convaincus que le changement doit intervenir vraiment maintenant !!!

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  4. Arnaud Gossement matin!
    J'ai lu l'article en entier et je pense que mettre l'écologie et du droit de l'environnement dans un plan au-dessous de leurs besoins, est un désavantage pour la croissance économique et les avantages environnementaux est de faire la lumière sur les lois et le besoin urgent pour la population de comprendre les avantages de maintenir L'énergie propre: la santé, l'énergie renouvelable, l'assainissement, les crédits de carbone, etc.
    Pour qu'il y ait développement d'un pays, il est nécessaire d'avoir la priorité dans ce secteur, indépendante de la politique existante.
    Cordialement,
    Eliana Frantz

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