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Faut-il débattre des gaz et huile de schiste ? Réflexions sur le risque et l'intérêt

gaz de schiste, huiles de schiste, hydrocarbures non conventionnels, moratoire, débat, intérêt, risqueSelon le quotidien Le Figaro, dans son édition du jour, le Président de la République serait tenté par une ouverture sur le dossier des gaz et huile de schiste. Concrètement, le débat déjà annoncé par le Premier ministre pourrait être lancé et une expérimentation pourrait avoir lieue. Faut-il s'y opposer ? Réflexions sur la distinction entre un débat sur l'intérêt et un débat sur le risque.

Dans cette affaire, tout le problème est de savoir de quoi l'on parle : de quel débat et-il question ? Sur le principe, aucun sujet n'est tabou et, dans une démocratie représentative et participative, le débat doit avoir lieu. Le piège est au demeurant bien visible : quiconque refuserait le débat serait immédiatement suspecté d'obscurantisme et de vouloir imposer son opinion. Du reste, les opposants aux gaz de schiste ne peuvent, sans contradiction et dans le même temps, regretter qu'un débat n'ait pas précédé la délivrance de permis exclusifs de recherches tout en s'opposant désormais à la tenue d'un débat.

La vraie question n'est donc pas de savoir s'il faut un débat mais de savoir de quel débat parle-t-on. Le débat peut avoir plusieurs fonctions : tout dépend de ses conditions d'organisation. Dans certaines hypothèses, les conclusions du débat sont écrites par avance...

S'agit-il d'organiser un débat dont la vocation serait d'habituer doucement l'opinion publique à l'idée d'une exploitation industrielle des hydrocarbures non conventionnels ?

Dans ce cas, il est possible de centrer le débat, d'une part sur les gaz de schiste, d'autre part sur le risque et de multiplier les arguments pour en réduire l'importance. Plusieurs possibilités: souligner que le risque doit être mesuré et donc qu'une expérimentation doit être menée pour en savoir plus ; mettre en balance ce risque avec les avantages - non débattus - des gaz de schiste, rappeler que la facture d'énergie s'élève, etc..

En clair, proposer un débat uniquement limité à la question du risque éventuel et centré sur les seuls gaz de schiste reviendrait à l'orienter dans un sens précis : celui de l'autorisation. Personne n'y a un intérêt car l'acceptabilité sociale et la sécurité juridique des permis délivrés ne serait pas assurée. Organiser un faux débat ou se dispenser d'un débat complet revient toujours à déplacer celui-ci vers les prétoires.

S'agit-il d'organiser un débat, non pas tout de suite sur le risque, mais d'abord sur l'intérêt de cette production d'énergie, remise en perspective dans un débat plus global sur l'énergie ?

En ce cas le débat est utile : il permet de poser les questions dans le bon ordre. En effet, inutile de débattre à l'infini du risque sanitaire et environnemental de ces hydrocarbures si nous décidons tout d'abord que la production de cette énergie ne présente pas d'intérêt sur le plan économique et énergétique.Inutile de connaître le gisment d'hydrocabures non conventionnels en France si, en toute hypothèse, la France décide de ne pas les exploiter.

En clair, il serait paradoxal, de la part du Gouvernement, d'annoncer un grand débat sur la transition énergétique tout en isolant de celui-ci un débat particulier, spécifiquement consacré aux gaz de schiste, réduit à sa seule dimension technique.

En réalité, le débat doit avoir lieu et les questions posées devraient être préparées avec soin lors de la conférence environnementale : de quel énergie voulons nous ? Quel volume ? Quels usages ? Organiser un débat sur nos besoins en énergie et sur l'intérêt de chaque source est plus intéressant pour notre avenir.

Soulignons qu'un débat sincère et complet permettrait aux partisans de l'exploitation des hydrocarbures non conventionnels d'exposer sereinement leurs arguments. L'un d'entre eux mérite sans doute d'être débattu : nous ne pouvons pas nous satisfaire de consommer toujours autant d'hydrocarbures produits à l'étranger dans des conditions démocratiques et écologiques parfois douteuses.

Organiser le débat en posant dans le bon ordre, c'est aussi, ne l'oublions pas, commencer par la réforme du code minier. Il est important de fixer le cadre avant de commencer à le remplir. Organiser un débat sincère c'est d'abord réflechir à la procédure qui permet ce débat. Dans l'intérêt de tous. Organiser un débat centré sur le gaz de schiste avant même que le Parlement n'ait pu discuter de l'avenir du droit minier n'a pas de sens.

Il existe un précédent : celui des OGM. Lors du Grenelle de l'environnement j'avais pu participer aux travaux du groupe de travail présidé par Jean-François Legrand et Marie-Christine Blandin sur le dossier très sensible des organismes génétiquement modifiés. Plusieurs propositions intéressantes en sont sorties et ont depuis contribué, non pas à régler définitivement mais à apaiser le débat sur les OGM. Principalement, les travaux de ce groupe de travail ont permis de dépasser la seule polémique sur la seule question du risque tecnique des OGM pour poser une question préalable : celle de l'intérêt des OGM pour notre agriculture et notre économie. Pour traiter cette question, un Haut comité des biotechnologies a été mis en place pour permettre - dans des conditions perfectibles - une expertise pluraliste, plurisdisciplinaire, des biotechnologies.

A titre personnel, je suis opposé à ce que la France prolonge sa dépendance aux hydrocarbures et s'accroche à un rêve de croissance fondée sur un pétrole pas cher. Je suis encore plus opposé à un débat uniquement centré sur les gaz de schsite et réduit à leur dimension technique. Je souhaiterai par ailleurs qu'il soit davantage question de sobriété, d'économies d'énergie, d'éolien, de solaire, de méthanisation, de géothermie plutôt que gaz et huiles de schiste qui restent une énergie de stock non renouvelable et polluante.

Tenter de repousser la date à laquelle les hydrocarbures deviendront définitivement un luxe n'a pas de sens. Lors de la conférence environnementale je préfèrerai que l'on perde un peu moins de temps avec les gaz de schiste et que l'on en consacre un peu plus à sortir l'éolien de l'ornière.

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Commentaires

  • Ne faut-il pas simplement refuser le débat devant le risque d'une grande contamination d'un élément essentiel à la vie: L'EAU.

    http://www.dailymotion.com/video/xhfvhy_gasland_news

    Les principes du Grenelle de l'Environnement:
    "Nous ne pouvons plus définir des politiques en ignorant le défi climatique, en ignorant que nous détruisons les conditions de notre survie".

    Premier principe : tous les grands projets publics, toutes les décisions publiques seront désormais arbitrées en intégrant leur coût pour le climat, leur « coût en carbone ». Toutes les décisions publiques seront arbitrées en intégrant leur coût pour la biodiversité.
    Très clairement, un projet dont le coût environnemental est trop lourd sera refusé.

    Deuxième principe, nous allons renverser la charge de la preuve. Ce ne sera plus aux solutions écologiques de prouver leur intérêt.
    Ce sera aux projets non écologiques de prouver qu’il n’était pas possible de faire autrement. Les décisions dites non écologiques devront être motivées et justifiées comme ultime et dernier recours."

    A méditer avec un verre d'eau... fraiche.

  • Peut-être sera-ce un débat qui finira en commission !

    Toujours est-il que cette richesse du sous-sol est une bénédiction si tant est
    que nous ne l'appréhendions pas en consuméristes.
    Oui nous devons être des éco-consommateurs d'énergie .
    A savoir , poursuivre et développer les économies d'énergies ainsi que les energies alternatives non-polluantes.

    Tout arrive à qui sait attendre:
    Le temps pourrait faire que les procédés d'exploitation de cette richesse du sous-sol feront de substantiels progrès.

    Alors pourquoi ne pas patienter pour en faire profiter le plus grand nombre dans le temps et la durée en toute sobriété.

    Cordialement.

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