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La nostalgie d'un monde du pétrole pas cher

330px-Oil_well.jpgAlors que le Premier ministre vient récemment de proposer une relance du débat sur l'exploitation des gaz de schiste, le ministre du redressement productif vient de qualifier le nucléaire de "filière d'avenir". Derrière toutes ces déclarations, une même idée : notre économie dépend d'une croissance fondée sur une énergie abordable. Une idée peu durable.

Les propos du Premier ministre sur les hydrocarbures non conventionnels sont assez surprenants. Il a récemment, sur BFM TV assuré que le débat sur leur recherche et leur exploitation n'est pas fermé dés lors qu'une autre technique, hors la fracturation hydraulique et non polluante, serait disponible. De ce fait, le Premier ministre a semble-t-il réduit la question à son seul volet technique. Or, la question est, plus globalement, celle de notre avenir énergétique. Une question éminement complexe qui ne peut être traitée que sous le seul angle de la technique d'exploitation.

Par ailleurs, il convient de rappeler que, le 30 mars 2011, Jean-Marc Ayrault alors président du Groupe parlementaire socialiste d'opposition, avait déposé une proposition de loi dont l'article 1er était ainsi rédigé :

"I. – L’exploration et l’exploitation de gaz et d’huile de schiste sont interdites sur le territoire national.

II. – L’exploration et l’exploitation de gisement d’hydrocarbures en eaux profondes sont interdites sur le territoire national."

Cette proposition de loi avait donc pour objet l'interdiction pure et simple, quelle que soit la technique utilisée, de l'exploration et de l'exploitation de gaz et huile de schiste. Mais aussi du projet de forage pétrolier au large de la guyane. On sait depuis ce qui est arrivé à Nicole Bricq pour avoir tenté de donner corps à cette proposition.

Il semble donc que le Premier ministre soit passé d'une logique d'interdiction de toute exploration et exploitation d'hydrocarbures non conventionnels à l'idée d'un débat sur des techniques non polluantes. Une évolution peut être marquée par l'importance de la facture énergétique dans notre déficit commercial. A supposer, bien sûr, que ladite exploitation permette de réduire ladite facture, ce qui suscite une polémique certaine.

Bien sûr, j'entends l'argument selon lequel il serait plus honnête de produire chez nous plutôt que de dépendre du pétrole extrait en Afrique ou au Moyen Orient dans des conditions écologiques et politiques douteuses. Dont acte. Mais sortir de cette hypocrise suppose de sortir du pétrole, pas d'y rester. Déplacer, ce compris géographiquement, le problème n'est pas une solution sur le long terme. J'ai parfois le sentiment que la sortie du pétrole sera plus difficile encore que la sortie du nucléaire.

Pour sa part, le ministre de l'économie a promis une baisse du prix des carburants dans les jours prochains. Malgré la crise des finances publiques, des millions d'euros vont être engloutis pour tenter de réduire les prix à la pompe, sans garantie que l'automobiliste ne s'en aperçoive. Ladite baisse devrait en effet être fort ténue et ne pourra en tout état de cause n'être que temporaire. L'argent ainsi consacré à cette mesure de court terme serait sans doute mieux investi sur le long terme. Il est temps de relancer le débat sur la contribution climat énergie de manière à ce que la hausse inéluctable du prix de l'énergie et la protection des plus faibles soit enfin assurée et sur le long terme. L'idée d'un "chèque vert" est plus que jamais d'actualité.

Enfin, le ministre du redressement productif, aprés avoir déclaré qu'une troisième révolution industrielle est requise, n'a pas hésité, suivi de près par le ministre de l'intérieur, a qualifier le nucléaire de "filière d'avenir" avant d'ajouter : « Nous avons besoin d’énergie et pas trop chère ». Ce faisant, le ministre a contredit son précédent discours par lequel il érigeait la troisième révolution industrielle décrite par Jérémy Rifkin en feuille de route. Or, cette troisième révolution procède du développement des technologies de l'information et d'énergies distribuées, décentralisées..

Toutes ces déclarations ministérielles ont un point commun : la nostalgie d'un monde où le pétrole n'était pas cher et autorisait une croissance économique à deux chiffres. Malheureusement ce monde est révolu. Il faudrait le dire aux ministres concernés et ce pourrait être le rôle du ministère de l'écologie si seulement ce dernier était associé aux discusions en cours sur l'énergie. Il faudrait également dire la vérité : l'avenir est aux économies d'énergie, aux changements d'usage, à la fiscalité écologique, aux énergies renouvelables, à l'intervention des régions, à l'ouverture du marché... Pas au renforcement de notre dépendance aux énergies centralisées, fissiles et fossiles.

Je suis cependant convaincu que, si nous perdons du temps, nous sommes cependant au bout d'un cycle. Le politique devrait prochainement comprendre, comme nombre de citoyens et d'entreprises l'ont déjà fait, que l'énergie ne devrait plus jamais redevenir quasi gratuite.

Nous sommes déjà dans le monde de l'aprés pétrole. Tant mieux. 

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Commentaires

  • "Derrière toutes ces déclarations, une même idée : notre économie dépend d'une croissance fondée sur une énergie peu durable."

    En fait, ce qui est surtout vrai c'est que notre croissance est fondée sur une croissance de la consommation d'énergie. Si celle-ci stagne, le PIB ne peut plus croitre qu'avec l'amélioration de l'efficacité énergétique, c'est-à-dire au maximum de 1 à 2% par an. Sans parler du cas où l'énergie disponible décroit....

    Voir pour plus de détail : http://energie-developpement.blogspot.fr/2012/08/transition-energetique-croissance-intensite-PIB.html

    Du coup, il faut soit trouver de l'énergie en abondance soit accepter une économie sans croissance. Le second choix mine de rien a une portée énorme : une société sans croissance est nécessairement une société de redistribution (parce que l'enrichissement des uns ne peut se faire qu'au détriment des autres), c'est une société dans laquelle la dette ne peut se résorber que par l'inflation, etc.

    Un changement d'époque comme on en a plus connu depuis 2 siècles...

  • Comme toujours analyse pertinente ainsi que le commentaire. J'aimerais juste ajouter une autre vision, celle du citoyen - certes qui se tient au courant - chère fracture numérique ; ce citoyen lambda qui s'étonne d'élire des hommes intelligents et qui le lendemain de l'élection reviennent sur leurs engagements - la liste serait longue - mais le premier d'entre eux François Hollande donne le ton sur le volet nucléaire. Tous ont fait de brillantes études (ENA, HEC, Polytechnique...) et pourtant la majorité d'entre eux appliquent les recettes du passé et il y a fort à parier qu'ils le savent !!! Étrange non !!! Avoir une vision d'avenir ne doit pas faire parti du cursus intellectuel. Être inféodés aux lobbys nucléaires et aux réélections du lendemain semble le lot quotidien.

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