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2012 : l'écologie au lendemain de l'élection

280px-Elysée_Palace,_Paris_2005.jpgToute personne convaincue que l'écologie représente le défi et l'opportunité de ce siècle ne peut se désintéresser tout à fait du nombre des suffrages exprimés en faveur d'Eva Joly, d'Europe Ecologie Les Verts, au premier tour de l'élection présidentielle. Quel en sera l'impact pour l'avenir de l'écologie ? Une priorité : faire émerger les nouveaux talents de l'écologie.

"Je vous l'avais bien dit"

La légion des "je vous l'avais bien dit" ne devrait pas tarder à se lever. Il est en effet toujours assez délicat de commenter, a posteriori, les causes d'un résultat aussi décevant que celui d'Eva Joly. Ces 2,3% ne manqueront pas d'attrister ou de révolter toutes les personnes qui auront, avec force et conviction, fait campagne pour leur candidate. Il est toujours assez facile, aprés coup, de disserter sur les causes de cet échec. Nul doute que les éditorialistes qui assurent aujourd'hui que ce faible score était prévisible auraient tout aussi bien pu gloser sur un résultat canon. Plus remarquable encore, ce sont parfois des écologistes eux mêmes qui semblent soulagés que le premier tour soit passé pour tourner à toute vitesse la page Eva Joly et tenter d'occuper un terrain supposé vacant en se bousculant au portillon de François Hollande.

Lequel doit sans doute s'amuser de ce spectacle. 

L'écologie est-elle soluble dans la présidentielle ?

A titre personnel, je me garderai bien de vous infliger une énième analyse des causes de cet absence d'attrait pour la candidature d'Eva Joly. Reste que je continue de penser, hier comme aujourd'hui, que l'écologie n'est pas soluble dans l'élection présidentielle, quel(le) que soit le(la candidat(e). La complexité est au coeur de l'écologie, la simplification et la personnalisation des débats sont le moteur de l'élection présidentielle. Celle de 2012 et son cortège de questions/réponses afligeant n'a pas dérogé à la règle : la bipolarisation de la vie politique assurée par cette élection, "clé de voute" de la Vème république, suppose des petites phrases, des sondages, des images... le débat a bien plus porté sur la réforme du permis de conduire que sur celle de l'Etat, sur la peur bien plus que sur un projet de vivre ensemble. 

Parler d'écologie dans ce contexte, traiter du changement climatique et de l'effondrement de la biodiversité, traiter aussi des opportunités et des défis fantastiques qu'offre la révolution de l'aprés pétrole suppose une expertise, un temps de parole, un débat sur le long terme que ne permet pas la séquence de l'élection présidentielle. En définitive, aucun des motifs que j'ai pu entendre pour la défense du principe d'une candidature verte à l'élection présidentielle ne convainc. En 2007, la campagne de Nicolas Hulot pour le pacte écologique a démontré que l'on peut peser sur le débat public sans être candidat. Bien au contraire. L'acte de candidature projette l'écologie dans une arène où l'on peut se demander ce qu'elle peut y trouver et y gagner.

Certes, Eva Joly a pu commettre des maladresses, certes l'écologie était assez absente de son début de campagne, certes l'accord conclut avec le PS a renforcé la dynamique du vote utile dés le premier tour, certes son propre camp s'est pafois montré féroce.... il n'en demeure pas moins que le parti vert n'a jamais tiré profit de cette élection du monarque républicain. 

"L'écologie a disparu des écrans radars"

Rares auront été les questions sur l'écologie lors des émissions télés ou radios dans lesquelles les candidat(e)s ont été invités à s'exprimer. Aucun journaliste politique ne s'est abaissé à questionner les impétrants sur le développement des énergies renouvelables, le prolongement du Grenelle de l'environnement ou la troisième révolution industrielle décrite par Jérémy Rifkin

Pourtant, l'écologie n'aura pas tout à fait disparu des débats politiques et, encore moins des préoccupations des français, comme l'a notamment souligné ce sondage réalisé pour la fondation Nicolas Hulot. Tout d'abord, force est de constater que de la droite à la gauche, extrêmes compris, presque aucun candidat ne se sera dispensé de consacrer au moins ligne de son programme à la planète. C'est peut-être maigre mais tel n'était pas le cas lors de l'élection présidentielle de 2007 avant l'intervention de Nicolas Hulot. 

En réalité, au cours de ces derniers mois, l'intérêt des français(e)s pour l'écologie s'est manifesté autrement que par une revendication directe : variations du prix de l'essence, tarifs de l'énergie, nucléaire, naufrage du TK Bremen, suites de la catastrophe de Fukushima, conclusions de l'avocat général prés la cour de cassation dans le dossier de l'Erika, mise au vert des pressings, fuite  de gaz de la plate forme Total en mer du nord, grêve de la faim contre le projet d'aéroport de Notre Dame des Landespollution de l'air aux particules... les sujets liés à la protection de l'environnement émaillent l'actualité, suscitent controverses et débats, intéressent, font réagir. Certes les finalistes de l'élection présidentielle ne s'affrontent pas sur ce terrain mais la vie des idées ne se réduit pas à cette élection.

L'écologie au gouvernement ?

Si Eva Joly avait réalisé le même résultat que l'extrême droite, nul doute que l'accord PS/EELV aurait été récité comme la bible par François Hollande. Tel n'a pas été le cas et les positions de ce dernier sur la sortie du nucléaire, le blocage des prix du carburant ou l'aéroport de Notre Dame des Landes n'ont pas fondamentalement évolué entre les deux tours. Dans ce contexte, faut-il souhaiter que les écologistes entrent au gouvernement ?

Oui sans doute mais l'affaire est complexe et l'histoire démontre qu'un ministre vert dans un gouvernement de gauche peut n'avoir pas les moyens de ses ambitions. Le plus important tient à ce que le "superministère" de l'écologie ne soit pas démantelé, à ce que la personne placé à sa tête ait la confiance du Président et soit capable de former des majorités parlementaires sur les textes proposés, notamment sur le vote de son budget. 

Des priorités devront être fixées : relancer le dialogue environnemental et la machine du Grenelle - rebaptisée "conférence environnementale" par François Hollande - mieux associer les territoires au déploiement des politiques environnementales, démontrer la pertinence d'une économie verte, rouvrir le chantier de la fiscalité écologique, effacer les contraintes juridiques qui pèsent sur les énergies renouvelables, 

L'important aussi tient à ce que le futur ministre de l'écologie puisse s'appuyer sur des relais efficaces, tant à l'élysée que parmi les élus locaux et au sein des institutions de l'Union européenne. Ne l'oublions pas : le droit de l'environnement se forme d'abord au sein de ces dernières. Si ces conditions sont réunies, la présence d'un écologiste sera un avantage. Dans le cas contraire elle ne changera rien. 

De nouvelles têtes ?

En réalité, l'avenir de l'écologie ne tient pas uniquement à l'identité du futur ministre de l'écologie, aussi important soit-il. Il faut aussi que de nouvelles têtes émergent et s'emparent, dans la majorité comme dans l'opposition de ce combat. A droite, nul doute que Nathalie Kosciusko-Morizet, malgré l'épisode difficile du porte parolat du candidat, continuera de peser dans le débat politique, tout comme Chantal Jouanno. A gauche, outre l'ascension continue de Cécile Duflot, il faut parier avec l'émergence d'une nouvelle génération de responsables politiques convaincus et experts de l'enjeu environnemental, à l'instar d'Hélène Gassin, actuellement Vice présidente de la Région Ile de France, dont la compétence en matière d'énergie est précieuse et incontestée. Son expérience à la tête d'une grande région lui donne une expérience indispensable pour de futures fonctions, sans doute nationales. 

Retenez également ce nom : Diane Szynkier. Dans les prochains mois et années, malgré sa modestie et sa discrétion, vous entendrez immanquablement parler, et de plus en plus, de cette personne - aussi douée qu'intelligente et compétente - animatrice du pôle écologique de l'équipe de campagne de François Hollande aux côtés de Marie-Hélène Aubert. Rares sont les personnes qui m'impressionnent autant par leur capacité à penser l'écologie dans ses multiples problématiques, parfois trés techniques, tout en faisant toujours le lien avec l'humain. A n'en pas douter, l'avenir de Diane Szynkier sera brillantissime et je m'en réjouis par avance, dans l'intérêt général.

Ce sont ces talents qui me font espérer que l'écologie n'a nullement disparu des écrans radars. Rendez vous au lendemain du 7 mai. 

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