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Daniel Cohn-Bendit: De la difficulté d'être européen

cohnbenditeelv.jpg"En 1945, je naissais apatride. Nous sommes en 2012 et me voici politiquement apatride. Intéressant ! Au fond, c'est peut-être simplement une version de la liberté.." C'est par un mail adressé à plusieurs responsables d'Europe Ecologie et à la France entière que Daniel Cohn-Bendit a exprimé son agacement quant à une conception trop hexagonale des problèmes du monde.

Ce vendredi 24 février 2012, la presse s'est largement fait l'écho des termes d'un message diffusé par mail par Daniel Cohen-Bendit. En substance, ce dernier y dénonce l'abstention des députés verts français sur le mécanisme européen de stabilité. Deux lectures de ce message sont possibles. Une lecture politicienne ou politique. 

La première y décèlera une critique de ce qu'est devenue le mouvement Europe Ecologie que Daniel Cohn-Bendit a largement contribué à créer. La deuxième y trouvera plutôt une critique plus générale de l'incapacité de certains à dépasser les frontières pour analyser les enjeux d'aujourd'hui qui sont d'abord des enjeux européens. Ce texte égaie un peu la grisaille intellectuelle d'un débat public singulièrement appauvri en ces temps mornes et bonapartistes de campagne présidentielle.

Le mail très peu privé de Daniel Cohn-Bendit commence donc pas ces termes : 

"Pour commencer, je ne peux m'empêcher de dire que l'évolution d'Europe Ecologie est franchement décevante et qu'elle n'offre aucune perspective exaltante. Les positions récentes contre le Mécanisme européen de stabilité (MES) permettant, pour la première fois, d'aider concrètement les pays de la zone euro qui ne peuvent plus emprunter m'ont consterné".

Vu de Bruxelles, le MES est sans aucun doute la moins mauvaise des solutions pour tenter de calmer les turbulences économiques qui traversent la zone euro. Vu de Paris par certains membres de la "gauche made in France", le MES est une initiative partagée par Nicolas Sarkozy et....soutenir le MES reviendrait donc à soutenir Nicolas Sarkozy. Impensable ! Un raisonnement d'une particulière étroitesse : 

"Au lieu d'argumenter, les élus d'EE se fondent indistinctement dans le slogan "Pas de cadeau à Sarkozy" au point de ne même plus savoir ce qu'ils font. Si demain, Sarkozy copiait son idole "Angie Merkel" en décidant de fermer 5 réacteurs nucléaires, le bon ton à gauche serait de s'y opposer ! C'est tout simplement aberrant !! On ne s'étonnera pas ensuite de la prolifération d'idées rocambolesques pour faire front à Sarkozy telles que "l'abstention dynamique" de la gauche contre le MES ! Ce concept inédit de l'hypocrisie politique est à ce point puissant qu'il a séduit notre propre candidate sourde aux analyses de "ses" économistes... En tout cas, il y aura eu la vénérable "abstention constructive" de gauche "made in France" destinée au marché intérieur de la politique française et le vote des députés de la droite pour aider les Grecs ! Consternant !"

"Le marché intérieur de la politique française". Dans un contexte de campagne présidentielle où l'écologie est trop souvent réduite à un antisarkozysme, cette analyse de Daniel Cohn-Bendit est la bienvenue. Il devrait pourtant être possible de n'être ni sarkozyste ni antisarkozyste et d'envisager les problèmes du monde avec d'autres lunettes que celles qui focalisent sur l'actuel Chef de l'Etat. Cette opinion n'est pourtant pas toujours partagée. A titre personnel, pour avoir participé au Grenelle de l'environnement, j'ai toujours été frappé par le fait que l'évaluation de la qualité de la mise en oeuvre des engagements du Grenelle est constamment réduite aux faits et gestes d'une personne : l'hôte de l'Elysée. C'est ainsi que Nicolas Sarkozy serait tour à tour le protecteur ou au contraire le fossoyeur du Grenelle. Pourtant, lorsque le Chef de l'Etat dit qu'il pleut que nous ne sommes pas contraints de dire qu'il fait beau si tel n'est pas le cas... Ce type de raisonnement démontre à quel point l'élection présidentielle au suffrage universel a marqué, depuis 1962, non seulement nos institutions mais également les esprits : les enjeux politiques sont tous personnifiés, réduits à des considérations de personnes.

Les pro ou anti sarkozystes comme, d'une manière générale les pro ou les anti "untel" ont ceci en commun qu'ils surestiment la capacité d'une personne seule, même revêtue des atours de la monarchie républicaine, à changer le monde. Il est urgent de relire "La République moderne" de Pierre Mendès-France et de soutenir Daniel Cohn-Bendit dans sa tentative d'élever le débat, de l'arracher à des considérations de personnes et de le placer là où il devrait être - surtout en matière d'écologie - c'est-à-dire au niveau européen. Il est urgent de passer d'une personnification des enjeux à leur analyse dans un contexte européen.

Difficile en effet de donner tort à celui qui écrit que : 

"Le climat de cette campagne présidentielle globalement hypocrite est plutôt malsain et intellectuellement choquant. La frilosité européenne du couple de "l'apathie constructive Hollande-Aubry" est sidérante. Aussi peu séduisant Bayrou dans la stratosphère du national-présidentialisme acheté en France. Quant à Sarkozy, il a carrément pris le large pour une vaste croisade anti-démocratique tel un apprenti sorcier. Peut-être que ses conseillers philosophiques, de Finkielkraut à Glucksmann feraient bien de lui parler d'Hannah Arendt..."

Relire Hannah Arendt. En effet. Dans ce contexte, nous sommes sans doute nombreux à nous sentir "politiquement apatrides" ! 

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