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Peut-on parler d'écologie avant l'élection présidentielle ?

elysee.jpgAlors que Nicolas Hulot avait réussi à inscrire l'écologie dans la campagne électorale de 2007, la campagne pour l'élection présidentielle de 2012 fait-elle l'impasse sur cet enjeu ? Dans l'affirmative : faut-il s'en étonner voire s'en inquiéter ?

La question revient régulièrement et plusieurs articles lui ont déjà été consacrés : l'écologie est-elle sortie du débat politique ? Je vous soumets ces quelques réflexions qui n'ont d'autre prétention que celle de contribuer - un peu - au débat.

Une question préalable se pose : est ce si grave ? Je veux dire : le débat propre à l'élection présidentielle est en effet largement incompatible avec une réflexion sur l'écologie. Les conditions ne sont pas réunies, loin s'en faut, pour traiter la complexité inhérente aux défis du changement climatique ou de l'effondrement de la biodiversité. 

L'élection présidentielle est en effet à ce point marquée par la personnalisation des enjeux et la simplification du débat que l'écologie ne peut que difficilement y avoir toute sa place. La réflexion sur l'écologie ne peut en effet se réduire ou s'articuler avec les considérations habiltuelles sur la personnalité d'un(e) candidat(e) : son régime, ses amours, ses amis, ses doutes etc.... Or, ces considérations constituent l'essentiel et le choix du candidat leur doit beaucoup. C'est sans doute pourquoi les professeurs de philosophie ou de grec ne se désolent pas davantage que leur discipline ne soit pas actuellement au centre du débat politique : la complexité et le temps long n'y ont pas droit d'asile. 

Si, en 2007, Nicolas Hulot avait réussi à attirer l'attention sur son "pacte écologique" c'est sans doute aussi parce qu'il avait trés bien réussi à se servir de sa notoriété et de l'intérêt pour sa personne même et dévier cet intérêt vers la taxe carbone et la création d'un Vice premier ministre en charge du développement durable. En ce sens, il avait réussi à jouer avec l'impératif de personnalisation précité. Cette réussite était à son tour liée à l'opinion positive que les français(es) avaient de l'animateur d'Ushuaia. Tenter de s'inscrire dans le débat électoral ne sert à rien si la personnalisation est opérée sur une personnalité impopulaire ou trop récemment connue. D'une certaine manière, le choix stratégique d'Eva Joly de jouer la carte du storytelling, à l'occasion de la publication prochaine d'un livre, en réponse à des sondages qui révèleraient une réserve de l'opinion publique sur sa personne même, est assez incompréhensible. 

Au demeurant, j'ai déjà pu écrire que je regrettais l'analyse de Nicolas Hulot en 2011. La campagne présidentielle de 2012 avait besoin d'une nouvelle intervention du père du pacte écologique, lequel avait très bien démontré, il y a cinq ans, qu'il était capable d'imposer un débat sur l'écologie sans être candidat. Bien au contraire. Nicolas Hulot, en n'étant pas candidat, avait réussi à arracher l'écologie au sempiternel clivage droite/gauche et à jeter un pont entre les mondes politiques et associatifs.

Son choix de rechercher une investiture pour faire campagne s'est révélé malheureux, tant pour lui que pour la cause qu'il défendait fort bien. Heureusement, France Nature Environnement a très intelligemment réussi à interpeller, en janvier, les candidats en lice et les a, de cette manière, contraints à argumenter et à proposer sur les enjeux liés à la protection de l'environnement. 

Au delà de la personnalisation et la simplification des enjeux par la campagne présidentielle, il convient de noter que cette élection présidentielle est...une élection régionale. Or, par définition, les problèmes environnementaux ne connaissent pas des frontières tracées par les hommes et les femmes. Il s'agit d'enjeux globaux, mondiaux et l'espace de l'élection présidentielle est bien trop étroit. Pollutions marines, développement de la biodiversité, migration d'espèces, commerce des OGM...tous ces sujets ne peuvent être traités dans un cadre d'analyse strictement national. Inutile de rappeler que la formation du droit de l'environnement, tel qu'il s'applique en France, doit d'abord aux travaux des institutions de l'Union européenne. Le droit de l'environnement français est d'abord un droit européen. Or, le débat public en cours est assez largement un débat franco-français qui ignore les mouvements du monde. Dans ce contexte, difficile, une fois de plus, de parler d'écologie. 

En clair, le débat préalable à l'élection présidentielle, par sa nature même, n'offre pas les conditions requises pour une réflexion poussée sur l'écologie. 

En ce sens, il n'est pas inutile de souligner que, d'une manière générale, l'écologie est difficilement compatible avec un débat pré électoral. C'est ainsi que des projets de loi sur l'environnement ne sont jamais discutés au Parlement avant une élection. En 2007, les parlementaires s'étaient ainsi mis d'accord pour ne pas procéder à l'examen des projets de lois relatifs à la responsabilité environnementale et aux OGM. Ce n'est qu'au lendemain du Grenelle, en 2008, que la discussion parlementaire de ces textes a été enfin possible. A l'heure actuelle, le projet de loi sur le code minier patiente à l'Assemblée nationale et ne sera sans doute pas débattu avant la fin de l'année. 

La crise économique n'est donc pas la seule cause pour laquelle il est moins question d'écologie en 2012 qu'en 2007. Au demeurant, il n'est pas nécessaire de verser dans la sinistrose. Aucun candidat ne peut plus se dispenser de consacrer une partie de son programme à l'environnement et à ses propositions en ce domaine. La plupart des équipes de campagne compte des spécialistes de la question et la plupart des candidats consacreront une conférence ou un forum pour pouvoir inviter les "experts" du climat ou de l'énergie. Le reflux de l'intérêt politique pour l'écologie n'est donc pas total.

En réalité, le progrès de l'écologie n'est pas uniquement fonction de son écho au sein de la campagne présidentielle. Outre le fait que la source du droit de l'environnement soit d'abord européenne, la crise économique que nous connaissons nous appelle à changer de modèle économique. Car cette crise n'est pas une crise mais le début d'une nouvelle économie.

Aujourd'hui, force est de constater qu'en matière d'écologie, le plus intéressant est d'observer (pour contribuer) la manière dont les citoyens, les acteurs économiques, les entreprises et les élus locaux reçoivent, s'approprient les nouvelles exigences et opportunités issues du droit européen et du Grenelle de l'environnement.

Tout ne se passe pas au sommet de l'Etat, tout ne se joue pas lors de l'élection présidentielle.

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Commentaires

  • Bonjour,

    Je vous remercie de poser cette question légitime et passionnante de la place de l'écologie dans les élections présidentielles. Etant étudiante à Sciences Po, je trouve très frustrant de constater comme vous le soulignez, que les enjeux écologiques et climatiques peinent à être entendus dans les débats présidentiels...

    Cependant, je ne partage pas votre analyse : vous constatez que par nature et par sa complexité extra-ordinaire, la question de l'environnement, aussi large soit-elle, ne peut entrer dans un débat personnalisé et disons-le, démagogue, comme celui d'une élection du chef de l'exécutif français. (Permettez-moi d'élargir et d'appliquer cette problématique aux Etats-Unis, également en campagne, également concentré sur tout sauf l'environnement).

    L'environnement et le changement climatique, plus que n'importe quel autre sujet de la chose publique, ont en réalité été abordés de façon personnalisée et quand l'entrée dans le débat public était une réussite, c'était presque toujours sous la voix d'une personnalité influente et charismatique : tout le monde connaît un Al Gore, un Nicolas Hulot, un Yann Arthus Bertrand voire même un Leonardo di Caprio. Mais qui pourrait citer des scientifiques du GIEC, pourtant Prix Nobel de la Paix en 2007, ou encore les négociateurs représentant nos Etats aux COP ? Vous le dîtes très justement : Nicolas Hulot en 2007 a réussi à faire pénétrer ces questions dans le débat justement car il était reconnu par un public large et qu'il n'était pas candidat ! Al Gore a de la même façon échoué à porter ces questions au sommet de la politique américaine mais a néanmoins éclairé le débat aux Etats-Unis et dans le monde grâce à son film An Inconvenient Truth. Si Eva Joly ne séduit pas, cela n'enlève rien au fait que l'environnement devrait être traité avec autant de positionnement stratégique individuel et pardonnez mon cynisme de démagogie que le reste des sujets politisés.

    L'environnement est-il un sujet plus complexe que n'importe quel autre enjeu de la res publica ? Certes, l'échelle du temps joue à rendre la décision politique plus difficile. Mais il me semble que depuis les années 80 et l'émergence du concept de "développement durable", c'est-à-dire de prise en compte de la situation des générations futures dans nos décisions présentes, les politiques et les populations ont conscience de cet enjeu. Certes, dans un contexte de crise économique, d'explosion des inégalités sociales et économiques, de recrudescence des tensions sociales, le respect de l'environnement ou disons plus trivialement, l'effort de réduire les émissions de CO², serait légitimement relégué. Mais quand on explique que cet effort empêcherait ou réduirait l'intensité de maux similaires, accentués et surtout irréversibles, d'ici à peine quelques années, il me semble que cela devient plus acceptable pour les populations. Là encore, il suffit de renverser l'approche pour démontrer que l'on peut gérer les frustrations des gens.

    Enfin, vous dîtes que les élections présidentielles sont régionales donc locales, contrairement à un sujet transnational ou global. Au contraire ! Alors que la droite est au gouvernement depuis 17 ans, la gauche a gagné du terrain dans les collectivités territoriales : ceci révèle bien que les enjeux portés à l'échelle nationale sont tout autres que ceux traités au niveau local. Les sujets des élections présidentielles seront bien entendu le chômage, la dette, l'exclusion, bref la crise ! Or le "made in France", les relations controversées avec l'Allemagne, la crise de la zone euro sont bel et bien traités sous le prisme non franco-français et donc européen.

    Je suis donc convaincue comme vous que l'on ne devrait pas être pessimiste sur l'avenir de la place de l'écologie dans le débat politique. Je suis également en accord avec le fait que les actions contre le changement climatique ne se limitent pas à la sphère gouvernementale. Il n'empêche que c'est au gouvernement et donc à la personne du président de la République, de mettre à l'ordre du jour ces questions, qui n'empêchent d'ailleurs pas de traiter les autres (finances, économie, social ...) voire pourraient d'y contribuer. Mais comme on dit, c'est un autre sujet ...

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