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2012 : la révolution de l'énergie

siemens.jpgLa décision du géant industriel Siemens de sortir du nucléaire doit retenir notre plus grande attention tant elle est riche d'enseignements sur le futur de l'énergie en Europe. Une décision certainement historique. 

«Le chapitre nucléaire est clos pour nous», vient de déclarer Peter Löscher, PDG du groupe Siemens, à l’hebdomadaire Der Spiegel. «Nous ne nous impliquerons plus dans la gestion totale de la construction de centrales nucléaires ou dans leur financement. À l’avenir, nous continuerons à livrer des pièces conventionnelles, comme des turbines à vapeur (…), que l’on trouve aussi dans les centrales à gaz ou à charbon».

Cette déclaration est remarquable. Certes, il sera toujours possible de la commenter avec suffisance et d'estimer que Siemens n'a pas d'autre choix que d'agir ainsi à la suite de la décision du Gouvernement allemand de sortir du nucléaire. Certes, il sera toujours possible de souligner la part restante du gaz et du charbon dans la stratégie du Groupe. Ce serait une grave erreur. Plutôt que de résister au sens de l'histoire, d'investir dans un lobying stérile, Siemens a manifestement choisi de prendre un temps d'avance et d'entrer dans le monde de demain. 

Le chant du cygne du nucléaire

La décision prise par cette entreprise démontre qu'il est indispensable de changer de logiciel pour s'adapter au basculement du monde en cours. le rève prométhéen d'une énergie nucléaire ou fossile bon marché, abondante et parfaitement maîtrisée est en train de se dissiper au rythme des catastrophes et de la pression qu'elles exercent sur la croissance des "pays riches". 

La condescendance avec laquelle certains responsables politiques ont accueilli la décision allemande de sortir du nucléaire fera sourire les historiens. En réalité, l'Allemagne a tiré les leçons de Fukushima et les pronostics sur les importations d'électricité massives ou le recours au charbon doivent susciter la plus grande prudence. 

Un nouveau droit européen de l'énergie

Sur ce point, il faut saluer l'excellente analyse de David Bourroux, rédacteur en chef du quotidien "Les Echos" qui a parfaitement compris que l'Allemagne ne se contente pas de sortir du nucléaire : elle va profiter de sa puissance politique pour défendre un futur énergétique bien différent : 
"Il est du coup acquis que Berlin, qui perdra à terme l'avantage économique que confère une énergie nucléaire meilleur marché, va peser politiquement pour réduire la place du nucléaire sur la scène européenne. La préservation de la compétitivité industrielle allemande passera par une remise en cause de l'intérêt de l'atome chez ses voisins. L'Allemagne ne restera pas neutre. Elle sera de façon croissante hostile au nucléaire".
Nul doute que l'Allemagne, poussée en cela par ses acteurs économiques, va agir pour que le droit de l'Union européenne soit bien plus profitable à une politique de l'énergie fondée sur la sobriété et les renouvelables. Il n'est pas inutile de rappeler que le droit de l'énergie, comme le droit de l'environnement est d'abord d'essence européenne. Les règles qui régiront demain ce secteur sont aujourd'hui négociées au sein des institutions de l'Union européenne. La France aura bien plus de mal à préserver sa singularité atomique et sa philosophie de la loi NOME. De cette manière, le droit de l'Union européenne va peser sur les choix faits ici et nous obliger - le plus tôt sera le mieux - à changer enfin notre droit national. 
 
Le réveil de la la France ?

La France avait la possibilité, au lendemain du Grenelle de l'environnement de devenir un acteur mondial de premier plan de l'énergie de demain. Economies d'énergies, énergies renouvelables...l'élan du Grenelle aurait pu nous permettre de faire un bond en avant dans les énergies de demain. Malheureusement, aveuglée par un passé nucléaire sans cesse désigné comme "glorieux", la France a préféré oublier ici la promesse du Grenelle, ignorer les leçons de Fukushima et ensevelir les énergies vertes de nouvelles contraintes bureaucratiques pour tenter de préserver son héritage nucléaire. 

Il est cependant permis de rester optimiste.

En premier lieu, le thème de l'énergie a fait irruption dans la campagne présidentielle. La plupart des responsables politiques et des futurs candidats sont contraints ou désireux de se prononcer sur le nucléaire en particulier et l'énergie en général. Aprés les candidats à la primaire du parti socialiste jeudi soir dernier, c'est François Bayrou qui s'est longuement interrogé ce week, lors de l'université de rentrée du Modem sur le positionnement du modem sur le nucléaire. 

En second lieu, certains signaux démontrent qu'un changement de perspective est possible. Ainsi, le lancement par l'actuelle Ministre de l'écologie de l'appel d'offres sur l'éolien off shore a fait naître de grands espoirs. Le rachat par EDF de sa filiale EDF-EN démontre que l'entreprise se pose des questions sur avenir et ne considère plus les renouvelables comme un simple folklore. Last but not least, la Cour des comptes a été saisie par le Gouvernement d'un rapport sur les vrais coûts du nucléaire et son rapport, prévu pour janvier, va sans aucun doute susciter un intense débat. Tant mieux.

Notre pays et nos entreprises ont donc rendez vous avec notre futur énergétique en 2012. 

Arnaud Gossement

Avocat associé - Docteur en droit

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Commentaires

  • Beaucoup de lucidité et d'objectivité dans l'article ci-dessus ! Un souffle d'O2 certain pour les EnR par cette prise de position déterminante de Siemens! Un autre ''grand'', concurrent de Siemens sur plusieurs domaines, ABB avait adopté il y a qqs années une position très tranchée similaire, de sortir du NUC, bien qu'ayant à l'époque en son sein, ex-Hartmann-Braun-Westinghouse, fournisseur des SNCC des 4 dernières tranches nucléaires françaises (N4), Chooz et Civaux.
    Reconversion va être un maitre-mot, pour Siemens et pour le monde européen de l'Energie ! Une vrai lueur d'espoir dans LA relève du NUC par les EnR en nombre !
    A suivre !!!
    A+ Salutations Guydegif(91)

  • Votre intervention aux universités de rentrée du MoDem à Giens signifie-t-elle que vous rejoignez François Bayrou ? La question énergétique fait effectivement et depuis quelques années l'objet de propositions et de réflexions au sein du MoDem, notamment en matière d'énergies renouvelables.

  • Siemens devrait s’orienter sur les énergies verte, il y encore beaucoup de chose a faire.

  • Merci pour votre intervention pertinente, si je peux me permettre. Continuons d'informer les Français à ce sujet. L'avenir se trouve dans les énergies renouvelables, le nucléaire est derrière nous....Nous devons désormais composer avec les déchets nucléaires, les démentèlements des centrales existentes. Développons rapidement les énergies réellement propres et gratuites, réapprenons à vivre en harmonie avec notre environnement, cela sera bon pour notre planète, notre santé physiologique et mentale!

  • Merci pour cette analyse très intéressante et pour cette perspective européenne qui semble très positive !

  • Merci pour votre magnifique analyse, mais comment va faire la France avec le retard que lui fait prendre N. Sarkozy en photovoltaïque puisque nous sommes obligés maintenant d'acheter des panneaux chinois pour être compétitifs?

  • Merci pour cette analyse qui me semble tout à fait d'actualité et qui prépare l'avenir de nos voisins allemands alors que notre gouvernement a fait l'inverse. Il nous manque un visionnaire dans ce monde qui bouge à très vive allure et non un homme du passé qui virevolte pour assurer une présence médiatique en détruisant les initiatives de nos entreprises. Juste une précision concernant EDF et le rachat d'EDF-EN qui est plus une opération financière permettant de capter la CSPE pendant les 20 prochaines années!!! et si l'on fait les comptes sur 20 ans!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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