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Entreprises et développement durable : sondage BVA

26443_fr_sondage.pngLe Ministère de l'Economie vient de publier les résultats d'un sondage BVA,  réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 701 entreprises du 26 mai au 10 juin 2010. Analyse de l'intérêt exact de cette enquête.

Aux termes de ce sondage,

  • 52% des entreprises sondées n'auraient pas l'intention d'investir dans le développement durable
  • 49% des PME de taille moyenne (50-249 salariés) auraient déjà investi dans le développement durable

Plutôt que d'analyser les résultats de ce sondage, ce qui m'intéresse tient aux conditions de réalisation. Et plus précisément à la question posée. Il est en effet trés regrettable que le document de présentation de ce sondage ne s'attarde pas sur la question posée : pourquoi cette question ? Pourquoi la poser maintenant ? Pourquoi la poser ainsi ?

Les sondages ont un intérêt à condition d'en interpréter précisément les conditions de réalisation et les résultats, comme nous l'apprend la sociologie politique. Les résultats d'une enquête d'opinion sont aussi fonction de la question posée. Ainsi, lors du débat relatif à la taxe carbone, nous avons été largement inondés de sondages à la limite de la malhonnêteté et de la manipulation..

Au cas présent, la question posée est "Où en est votre entreprise en matière d'investissement dans le développement durable ?". Problème, est ce que l'expression "investir dans le développement durable" a un sens ? Non, cette expression a plusieurs sens et peut-être même aucun sens.

Pour certains responsables d'entreprises, investir dans le développement durable pourra signifier investir pour qu'une activité, par exemple industrielle, ne porte pas atteinte à l'environnement. Pour d'autres investir dans le développement durable ne se réduit pas à la protection de l'environnement. Pour d'autres encore, dés l'instant où leur entreprise aura investit dans l'un des trois piliers du développement durable, le compte y sera.

Surtout, certains responsables d'entreprise pourront - à juste titre - considérer que le développement durable ne suppose pas un investissement en particulier mais de repenser tous les investissements de l'entreprise.

En définitive, la question posée à l'occasion de ce sondage veut tout et... surtout ne rien dire. En réalité, investir dans le développement durable ne devrait pas renvoyer à un poste de dépense en particulier. Il serait préférable de parler d'investissements dans un objectif de développement durable. Car ce dernier est un objectif pour toutes les activités, les dépenses et les recettes de l'entreprise.

Si la question posée est polysémique pourquoi l'avoir posée sans en avoir au préalable préciser le sens précis ? Le Ministère de l'Economie qui a commandé et donc financé ce sondage a nécessairement validé la question posée. Il y a peu de chances que les communicants de ce ministère aient ignoré que les organes de presse allaient titrer de la manière suivante sur ce sondage : "les entreprises ne croient pas vraiment au développement durable".

N'oublions pas que ce sondage sort à une période de bras de fer : la loi de fiances pour 2011 est en cours de préparation et chaque ministère plaide à Bercy son budget, Bercy ayant pour rôle de serrer la vis, surtout aux ministères considérés comme dépensier. et le ministère de l'écologie est toujours trop dépensier. Car investir dans la protection de l'environnement est encore considéré comme une dépense et pas comme un investissement sur le long terme. Alors que Jean-Louis Borloo s'est battu, lors du comité interministériel du 27 juillet, pour accréditer l'idée que le développement durable est un facteur de progrés économique, ce sondage laisse penser que tel ne serait pas le cas pour les entreprises...

Mais à qui profite ce sondage ? 

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Commentaires

  • Bonjour,
    Je suis d'autant plus d'accord, qu'il aurait fallu également préciser si cet "investissement" s'est fait sous la contrainte réglementaire, l'opportunisme économique ou basée sur une vraie stratégie volontaire !

    JFC

  • Tout à fait d'accord avec l'analyse. Mais la conclusion ouvre peut-être la piste des raisons qui ont conduit à commanditer cette étude : en déigrant le développement durable, le Ministère de l'Economie (et du Budget) va pouvoir supprimer de nombreuses niches fiscales qui y sont rattachées.

    Et puis dans le contexte économique de ces dernières années, les entreprises se concentrent plus sur leur viabilité (et leur rentabilité) à court terme, plutôt que sur le moyen terme ... Alors le développement durable, qui s'intéresse au long terme ...

  • Très bonne analyse qui soulèvent la problématique des sondages.

    Qu'est-ce qu'un investissement, et à partir de quand pouvons-nous le considérer comme "investissement" (financièrement, intellectuellement...).
    Les questions d'un sondage doivent être assez fermées pour en tirer des conclusions pertinentes.

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