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éoliennes : de retour d'audience...

éolienne par gros temps.jpgJe ne parle jamais de mes dossiers. Je vais faire une exception à cette règle. Je reviens d'une audience de référé, devant un tribunal administratif, au cours de laquelle j'ai demandé, en urgence, la suspension de l'éxécution des décisions par lesquelles un Préfet a refusé une série de permis de construire nécessaires à la réalisation d'un parc éolien.

Témoigner de cette histoire vraie m'a paru utile dans le combat qu'il convient de livrer chaque instant contre la montagne d'exagérations et d'idées reçues sur les éoliennes. Précisons tout d'abord que ce projet de parc éolien date de 2005. Autant dire que les porteurs du projet doivent être bien patients. Précisons aussi que ce projet de parc est prévu dans une région qui n'est pas submergée par les éoliennes. Précisons enfin que les actionnaires de la société de développement de ce projet ne sont pas de grands groupes ou des multinationales mais des particuliers comme vous et moi, aidés par de jeunes ingénieurs motivés et compétents. Des particuliers qui vivent là où justement ces éoliennes doivent être installées.

C'est donc un projet citoyen dans lequel des hommes et des femmes - fonctionnaires, salariés, agriculteurs ou retraités - ont investi leurs économies. Pas pour gagner beaucoup d'argent : d'autres placements à l'étranger sont bien plus rentables bien plus rapidement. Mais pour un projet qui leur paraît non pas défigurer mais au contraire mettre en valeur le territoire où ils vivent. Inutile de souligner que ce projet ne remet en cause aucun paysage, aucune espèce etc... Il a été couvert d'avis favorables de tous les services consultés, de toutes les commisions réunies mais voilà : le Préfet qui vient de partir n'en voulait pas, contre l'avis de ses propres collaborateurs. Et ce dossier a rejoint la cohorte de ceux qui sont mis dans un tiroir.

Le problème tient à ce que l'on entend beaucoup moins - pour ne pas dire pas du tout - ces personnes, engagées en faveur d'un éolien citoyen et responsable, que celles, pourtant ultra minoritaires, qui tiennent le micro dans les médias pour s'opposer à tout.  

Ce qui se passe aujourd'hui est préoccupant. Nous sommes en train de décourager ces jeunes dîplomés, qui ont récemment défilé dans la rue à l'appel du Syndicat des énergies renouvelables, qui ont voulu s'engager dans le secteur des énergies renouvelables. Je ne cesse pas de rencontrer de jeunes chefs de projet qui me disent leur tristesse de ne jamais voir aboutir leurs dossiers. Ils me disent aussi qu'ils sont ingénieurs et qu'ils n'ont pas rêvé de passer leur temps à multiplier les démarches administratives et à se noyer dans une paperasse parfois totalement inutile. Malheureusement, le projet de loi Grenelle 2 ne va pas dans le bon sens et le classement ICPE des éoliennnes contribuera à cette bureaucratisation absurde de notre avenir énergétique. Pendant ce temps, d'autres pays comme l'Allemagne attirent ces jeunes, développent un marché, s'engagent vers ce horizon que je trouve plus gai que celui de nos réacteurs EPR. 

En définitive, les éoliennes posent le problème de notre rapport aux générations futures. Choisir une éolienne c'est ne pas imposer nos choix énergétiques à nos enfants. Une éolienne a cet immense avantage d'être réversible. Si nos enfants n'en veulent pas, ils pourront les démonter. Alors que nos déchets nucléaires eux....nous leur imposons leur présence et leurs risques, et ce, pour des milliers d'années. 

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Commentaires

  • Quel est l'argument (s'il y en a un!) donné par le préfet ?

  • Bonjour,

    Je n'ai aucune connaissance du dossier, mais je dirais, au hasard :
    50 % de NIMBY
    30 % de Principe de Précaution (10 % par pale !)
    10 % d'avis personnel, ne voulant pas etre "le prefet qui a autorisé les éoliennes" dans son prochain poste
    10 % de l'avis de son chien.

    Cordialement,
    CL

    PS : à propos de principe de précaution, que diriez vous aujourd'hui si je vous proposai le projet industriel suivant : "Alors voilà, je mélange un liquide inflammable en suspension avec de l'air, je mets le tout sous une pression énorme dans des tous petits réduits dont le volume est rendu variable par le mouvement d'un vulgaire bouchon métallique, j'y mets le feu par une étincelle générée par un bête bout de métal lorsque le mélange est comprimé au maximum, il y a une explosion et je balance dehors tous les gaz et résidus de combustion. Ah oui, au fait, j'oubliais, vous etes evidemment assis sur la machine en permanence".

    Vous retoquez la chose, je suppose ? Bravo, vous venez d'éliminer le moteur a explosion qui fait avancer 95 % des voitures d'aujourd'hui !

  • @ Christophe : bien vu ! @ Nicolas :l'argument préfectoral a varié. Il s'agissait tout d'abord de protéger la visibilité d'une église à ...15kms. Puis il a été opposé l'existence d'une chauve souris qui doit passer dans la région tous les siècles..

  • Ne tapons pas trop vite sur le contentieux des éoliennes...
    Certes, il a considérablement freiné leur implantation et on peut le regretter.

    Mais il a fait faire au droit de l'environnement un pas en avant considérable sur le parent pauvre des objectifs qu'il doit protéger depuis plus de 30 ans, puisque l'article 1 de la loi de 1976 le visait déjà... !

    Il a en effet fallu attendre les arrêts récents rendus dans le Jura notamment pour que le droit du paysage soit enfin admis dans la réalité des juridictions.
    On peut évidemment discuter à l'envi du bien ou du mal fondé des arguties développées pour démontrer ou démonter l'impact paysager de ces installations... mais il faudra bien reconnaitre que les éoliennes ont permis de sortir le droit du paysage de la législation des nuisances où il était cantonné -je fais ici référence à celle de l'affichage et des enseignes, bien sûr.

    Les trop rares directive paysagères restent encore plus symboliques qu'efficientes et je n'ai pas connaissance de ZPPAUP -dont on nous annonce le renouveau prochain- qui auraient été mises en oeuvre pour protéger des paysages alors qu'elles le permettaient.

    Le paysage était donc indirectement protégé par l'inscription des sites et des monuments, les arrêtés de biotope et les réserves naturelles...

    Les contentieux d'éoliennes ont permis -et c'est sans doute leur principal mérite- de faire émerger une protection prêtorienne des paysages banaux, ceux qu'aucun règlement ne protège mais que l'oeil du regardant -qui les crée implicitement- aime à caresser.

    Cela, il ne faut pas le regretter, car cette nouvelle lecture du paysage par le juge ouvre des perspectives passionnantes dans des contentieux autrement plus douloureux pour l'environnement, notamment en matière d'infrastructures linéaires, le jour où l'on nous annonce l'enterrement des trames.

  • d'ailleurs, voici un intéressant arrêt dans lequel la bonne prise en compte des paysages, par enfouissement de ligne, a contribué favorablement à la mesure de l'intérêt général attaché à une DUP, dans un projet de branchement d'éolienne ;-)

    comme quoi...

    Cour Administrative d'Appel de Marseille, 6ème chambre - formation à 3, 19/04/2010, 08MA02788, Inédit au recueil Lebon (dispo sur Légifrance)

    "il ne résulte pas des pièces du dossier que les travaux d'enfouissement de la ligne projetée, compte tenu de leur importance et des possibilités de régénération du milieu après rebouchage de la tranchée, soient de nature à porter à la propriété privée, au patrimoine naturel dont l'intérêt est attesté par l'existence d'une ZNIEFF, ni à [b]la protection du paysage[/b] ou du développement touristique lié à l'existence d'un chemin de grande randonnée, une atteinte disproportionnée, susceptible de les priver d'utilité publique ;"

  • Chacune des millions d'associations qui défendent là le retour du loup disparu en 1700, ici le retour du coléoptère massacré par les pesticides dans les années 50, là au moins 10 variétés de fleurs par parcelle, ici le retour du saumon qui remonte frayer sous des latitudes plus hautes depuis 30 ans, etc. contribue à mettre un vrai bronx administratif dans n'importe quel dossier.

    L'homme a envahi et détruit son espace. Ou plutôt celui-ci s'est modifié et souvent adapté. Depuis 50 ans c'est un peu plus compliqué avec tout le chimique que l'on balance partout.

    Le biotope s'est modifié à de nombreuses reprises durant la vie de notre planète et continuera dans le futur. Enfin, pas si sûr puisque l'Homme est aujourd'hui en mesure, ou presque de stabiliser voir de corriger les évolutions (ref. aux chinois qui ont fait neiger cet hivers au nord de Pékin).

    La prise de conscience rapide est une bonne chose puisqu'elle vise à penser aux générations futures... Pourquoi cette prise de conscience si soudaine ? Parce que l'homme s'aperçoit qu'il peut être lui même touché et plus certainement ses propres enfants.

    La prise de conscience est donc possible grâce à l'égoïsme qui nous caractérise.
    Comme toute chose rapide elle nous fait basculer vers l'extrémisme inverse.
    Et là cela peut devenir très dangereux, car qu'est ce qui nous empêche de penser au nom de la "morale écologique" que nous devrions réguler notre croissance en empêchant les naissance, en réduisant l'espérance de vie, ou en laissant mourir nos "vieux"... J'exagère ? Lisez ce que des gens sérieux commencent à proposer au nom de la sauvegarde de la planète.

    Les éoliennes seront donc sacrifiées, comme les autres EnR, sur l'autel de la protection de l'environnement. Cette protection que l'on impose pas à l'agriculture, au nucléaire, au thermique, à l'industrie pétrolière et chimique, etc...

    L'administration et vos élus défendent ces vieilles industries, ce vieux modèle, pourtant déjà en voie de disparition depuis les années 80 de notre paysage économique national...
    Comme un pied de nez on demande à ceux que l'on prend pour des bobos écolos de s'appliquer leurs contradictions à leurs propres projets...
    Et pendant que l'on se suicide en se flagellant la vieille économie rigole de notre bêtise.

    Nul besoin de règles à l'infini ! Juste de l'éthique et du contrôle.
    Ou alors, laissons les nous noyer au fond de la marre.

    Bien à vous

  • A vous lire, je crains, cher Maître, que vos clients ne soient pas au bout de leur peine.
    Au fond, que dites-vous qui soit favorable à l'éolien ?

    Rien.

    Et la réalité vous contredit : jusqu'à présent, jamais des éoliennes n'ont été démantelées, sinon dans l'Aude, où des mâts ont été délaissés à même le sol. Ainsi, une zone industrielle géante, inhabitable, car c'est cela un parc éolien, a laissé la place à une friche industrielle.

    Ensuite, en quoi un projet est-il "citoyen", dès lors qu'il est porté par des retraités, agriculteurs, etc ? Le terme "citoyen" ne devrait pas être ainsi galvaudé.

    Nous sommes en présence d'une population qui PRIVATISE UN PAYSAGE, un territoire, qui IMPOSE A LA VUE DE TOUS pour un profit financier purement privé des alignements de pics cicatriciels visibles à des dizaines de kilomètres. C'est cela que vous appelez un projet "citoyen". Un parc éolien repose toujours sur la SPOLIATION D'UN PATRIMOINE IMMATERIEL qui appartient à tous, en France plus qu'ailleurs. Ce patrimoine, c'est notre nature, nos paysages, parfois qui se confondent avec l'identité même d'une terre et de la population qui y vit.

    D'ailleurs, il n'y aurait pas de paysage dites-vous. Comment peut-on être en pleine campagne sans voir le moindre paysage ? Même le "plat pays" est un paysage. Peut-être ne connaissez-vous la terre que vous évoquez qu'à travers votre dossier.

    Les français comprennent que le moteur du développement éolien ne réside en aucune manière dans le souci environnemental, qu'il est seulement dans l'appât du gain, le profit financier. Inutile d'entamer ici un débat technique : le massacre d'une terre, sa transformation en zone industrielle inhabitable, son coût pour les abonnés d'EDF, sont disproportionnés au regard du petit nombre de W/h que les mâts peuvent produire.

    Pas un coin du territoire qui ne soit démarché par les promoteurs... A Murasson, Camarès, dans les Monts de Lacaune, sur le Merdélou, en Aveyron, nous ne l'accpeptons pas et c'est heureux. Ca tombe bien : c'est notre droit.

  • Pardonnez-moi : je vous relis et je note ce qui s'apparente bien à une contradiction à moins qu'il ne s'agisse de mon incompréhension, ce qui est possible.

    Vous écrivez :
    "Mais pour un projet qui leur paraît non pas défigurer mais au contraire mettre en valeur le territoire où ils vivent. (...) Il a été couvert d'avis favorables de tous les services consultés, de toutes les commisions réunies"

    Et néanmoins, le préfet a opposé son refus au motif, dites-vous toujours, d'une covisibilité (sans doute) avec une église, et en arguant de l'existence de chauve-souris.

    Donc il y aurait bien un enjeu paysager ? Des espèces à protéger ? Et donc le projet ne ferait peut-être pas tant que ça l'unanimité ?

    Pures supputations de ma part.
    En vous priant de m'excuser pour ce questionnement, et avec mes respectueuses salutations.

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