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Christian Garnier : Grenelle de Grenelle ! (point de vue)

Christian-Garnier.jpgChristian Garnier est un grand monsieur de l'écologie. Membre fondateur de France Nature Environnement - la fédération française des associations de protection de l'environnement - son expérience est précieuse. Acteur de l'écologie associative depuis 40 ans, pilier du Grenelle de l'environnement et du Grenelle de la mer : sa parole compte

Je le remercie de m'avoir autorisé à reproduire ici un message qu'il a adressé par mail à plusieurs d'entre nous

Le verbe est alerte et nuancé, on peut être d'accord ou non mais l'analyse est intelligente sans être jamais méchante. Il s'agit bien d'un débat d'idées, jamais de personnes. Il m'a tout de suite semblé évident que ce texte devait être rendu public. Christian Garnier est administrateur de FNE mais je précise que ce texte exprime son point de vue, n'engage que lui et pas la fédération.

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Bonjour,

Au moment où se produit un emballement médiatique sur le Grenelle, avec de grosses âneries jusque dans les plus grands medias, je vous passe deux documents officiels (site du MEEDDM) qui remettent à leur place les soubresauts de la taxe carbone. Incidemment, nous n'avons jamais voulu de cette dernière sous la forme proposée.

Histoire de rire ou pleurer, un grand journaliste d'un grand journal me demandait hier, ce que c'était que le Grenelle...
Sans refaire l'histoire des négociations à cinq, je lui ai rappelé que c'était surtout une négociation conclue par un ensemble d'engagements (273 avec de très nombreux alinéas) auxquels nous accordions un grand intérêt, à quoi s'ajoutent ceux du Grenelle de la Mer (138, avec encore beaucoup de sous-paragraphes). Soit des centaines d’engagements cosignés par les organisations patronales, les syndicats, les associations présentes, et les pouvoirs publics, rien que ça!

Pas un seul journaliste ne m’a posé la question de savoir ce que signifiait concrètement “se retirer du Grenelle” - et encore moins qui participait à quoi! Cela en dit long sur le niveau de l’info quoi circule... Pas un seul journaliste ne m’a non plus demandé qui serait pris en otage par la position de la FNH : c’est évidemment un coup de semonce, comme nous l’avons écrit. Il visait évidemment le signataire du “Pacte écologique”, actuel président de la République. Mais où le coup va-t-il frapper? Le projet de loi Grenelle 2? Les Comités opérationnels du Grenelle de la mer, en plein travail?

Au lieu de dire que le “pacte écologique” est mort, certains préfèrent annoncer que c’est le Grenelle qui ne survivra pas (comprenez les engagements des Grenelles). Sûr que ça arrangerait pas mal de monde, y compris ceux qui clamaient que tout cela n’était que du vent (une rime avec gouvernement?).

Allez, un bon Erika pour réveiller les consciences? Non, on dirait que c’est la LPO qui a causé le naufrage à cause des dommages et intérêts!
A mon avis, toute cette agitation et ces remontées de bulles médiatiques qui surfent sur les scandales environnementaux qui nous hérissent, en particulier ceux qui sont sous nos yeux sur le terrain, risquent fort de subir le même sort que le séisme en Haïti sans parler du tsunami de Noël 2004. Les lobbies vont regagner du terrain, et les politiques qui sont le plus écolo-sceptiques (comme ils sont climato-sceptiques) vont essayer de reprendre la main le plus possible, notamment pour la gouvernance à cinq qu’ils confondent avec les sovkhoses.

Je comprends la FNH qui portait le plus haut la contribution carbone-énergie (inventée par la Commission européenne vers 1990 et que la France a fait capoter à cause du nucléaire en 1992, refusant avec véhémence une composante énergie).

Pour la petite histoire, il faut savoir que FNE a fait amicalement pression sur FNH pour revenir à carbone–énergie, ce second terme ayant disparu dans un premier temps. Et lors de la présentation formelle du projet devant l’intergroupe fiscalité du Grenelle, c’est FNE et personne d’autre qui a immédiatement répondu à la question de l’acceptabilité sociale de la chose en proposant que 20% par exemple des fonds recueillis soient utilisés pour aider les plus exposés à s’adapter.

Dommage que cet aspect social, massivement porté par les consommateurs, les familles et les syndicats, n’aient pas été l’un des axes du projet par la suite. Cela aurait évité les dispositions raccrochées a posteriori, incompréhensibles pour le public (remboursement de la contribution par un chèque uniforme), et la réaction de rejet majoritaire de la “taxe” par l’opinion en l’état actuel de la désinformation.

Détail assez croustillant pour finir, l’engagement du Grenelle est le suivant:
(Engagement n°65)

“ Il y a accord de l’ensemble des participants à la table ronde pour reconnaître l’intérêt d’une
contribution climat/énergie. Deux approches se sont exprimées :
- soit le Grenelle affirme d’emblée le principe de la création de la contribution climat
énergie et renvoie à un groupe de travail pour en étudier les conditions de mise en
place ;
- soit le Grenelle décide de la mise à l’étude de la contribution climat énergie avant
d’entériner le principe de sa création.
Le choix entre ces deux options est soumis au Président de la République.
.....
Le groupe de travail qui examinera la faisabilité et les conditions de mise en œuvre de la contribution
climat énergie devra rendre ses conclusions au plus tard au printemps 2008. “

Ce qui signifie en bon français que le seul accord portait sur la mise à l’étude de la contribution, et que sa mise en œuvre ne peut être (malheureusement) considérée comme un “engagement” Grenelle, puisque pas signé par tous les participants à la table ronde finale. On est loin des bobards que laisse entendre une écrasante majorité des grands médias.

Le vrai problème tient aux contradictions gouvernementales exacerbées par les récentes élections, et au décalage entre discours politiques et nombre de décisions et d’actions accumulées : autoroutes, algues vertes, fret ferroviaire, boues de dragage...qui masquent toute espèce d’avancée dans d’autres domaines et à d’autres endroits. Difficile de faire des bilans en gardant la tête froide, surtout que les plus atteints sont évidemment ceux que l’on entend le plus fort.

Nous avons du travail d'explication à faire pour éviter de jeter le bébé avec l’eau du bain, sans jouer les pompiers de service en nous faisant piéger par les règlements de compte  et les inévitables manœuvres politiciennes.

Ce n’est que mon avis, mais suivre FNH en prenant en otage, non pas le Grenelle = comités de suivi et comités opérationnels de mise en œuvre, mais, de fait, les engagements, serait une erreur. En revanche, nous devons continuer à faire savoir notre accord sur le coup de semonce : nous partageons l’inquiétude qui va très au-delà de la taxe carbone , même si nous ne partageons pas les moyens de l’exprimer, car nous participons à des centaines de groupes, comités, commissions, conseils... du plus local à l’international, ce qui n’est pas le cas de la FNH. Et nous ne pouvons pas laisser le champ libre aux lobbies financiers ou technocratiques qui redressent la tête, par exemple en matière de TVB!

Cordialement,

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Commentaires

  • Bonjour, Dr. Arnaud Gossement!

    En particulier, j'ai suivi le travail acharné et le transfert de l'information de France Nature Environnement.

    Monsieur Christian Garnier est l'une des figures les plus importantes en matière de protection de l'environnement écologique et la France.

    Lors de la lecture de votre message personnel sur le manque d'informations transmises par les journalistes sur le Grenelle, pas surpris.

    Aujourd'hui, malheureusement, le public de la une des journaux sont scandaleuses ou d'intérêt pour le propriétaire du journal, généralement liée à aucun parti politique.

    En règle générale, le transfert d'informations sérieuses, telles que celles relatives au droit de l'environnement et l'écologie qui fuient la connaissance des journalistes, le manque d'information, afin de les préparer à comprendre le sujet.

    Pourquoi ignorer et ne pas parler sérieusement, ce qui nous a donné à la fois une préoccupation constante: la révolte de la nature, l'émergence de l'information aux citoyens afin qu'ils comprennent qu'une discussion sérieuse, que le déploiement des énergies renouvelables est nécessaires et à court terme.

    Ne semble pas juste que les bureaucrates, qui ne sont pas comprendre la question, affirmant son point de vue, générant un immense chaos de la discorde, sur un sujet qui est d'intérêt public et de toute urgence: la connaissance de l'applicabilité des lois sur l'environnement et la compréhension des Que sont les "énergie éolienne", afin de fournir davantage d'informations à la population, ce qui devrait soutenir la FNE, grâce à l'important travail accompli par son équipe.

    Je ne vis pas en France, mais comme un Brésilien, je peux dire que le phénomène de dégradation de l'environnement mondial, et que nous devons une renaissance des valeurs et un consensus général, pour que tout fonctionne le rôle et devient une réalité: la seule façon d'éviter une l'environnement proprorções chaos incommensurable, qui est déjà en cours.
    Merci.

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