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Thon rouge : de l'art de faire prendre des vessies pour des lanternes

thon-rouge-3.jpgVoici un modèle de manipulation politique : le communiqué de presse sur le thon rouge publié par la Commission européenne ce lundi 22 février 2010. L'exercice est tellement admirable que l'avocat ne peut y être insensible.

Je résume : alors que la Commission a décidé de ne rien décider pendant un an s'agissant de la pêche du thon rouge, elle est arrivé à faire croire qu'elle soutenait une interdiction. Certains analystes sont malheureusement tombés dans le panneau. A l'inverse, l'organisation Greenpeace a publié un excellent communiqué qui pointe du doigt les conséquences précises de cette non décison de la Commission.

Reprenons depuis le début. A lire le titre du communiqué de presse de la Commission euroépenne, tout va bien : "La Commission européenne propose que l'UE soutienne l'interdiction du commerce international du thon rouge de l'Atlantique". A s'en tenir à ce titre, le lecteur pourrait considérer que la Commission européenne pèse de tout son poids pour sauver le thon rouge.

Ce sentiment est renforcé par la lecture du début du communiqué de presse, composé de déclarations rassurantes telles que "Nous avons une réponsabilité à l'égard des générations futures". etc...

Malheureusement les choses se gâtent au 7ème et avant dernier paragraphe... : "la réunion de la CITES à Doha indiquerait que l'entrée en vigueur de cette inscription devrait être décidée par le comité permanent de la CITES dans un délai de 12 mois."

Concrètement, la COmmission européenne propose que l'on renvoie le débat à plus tard, aprés avoir fait procéder à une énième expertise scientifique. Le principe de précaution oui mais pour demain. Or, ce n'est pas dans 12 mois qu'il faut décider mais bien à Doha dans quelques jours, à l'occasion de la 15ème conférence des parties de la CITES. En prenant cette non décision qui n'est pas sans rappeler celle de la France, la Commission européenne permet à cette conférence de ne rien décider et de laisser la saison de pêche 2010 s''oganiser.

Dans un an, on reparlera d'inscription à l'annexe I mais il faudra démontrer pour quel motif une telle inscription serait plus jusitifiée en 2011 qu'en 2010. A moins d'une révolution des connaissances scientifiques sur les stocks de thon rouge, il est probable que ce sont les opposants à une telle inscription à l'annexe qui tireront le plus argument de ce délai supplémentaire.

Une autre position aurait pu consister à suspendre la cmmercialisation du thon rouge le temps d'une expertise scientifique complémentaire. C'est cette position qui avait été celle du Gouvernement au moment de suspendre la commercialisation des semences OGM MON 810.

Pour l'heure, la Commission européenne s'est livré à un exercice de communication de haut vol...et c'est tout. Précision utile : aux termes de la Convention CITES, décider dans 12 mois ne veut strictement rien dire.

 

La Commission européenne propose que l'UE soutienne l'interdiction du commerce international du thon rouge de l'Atlantique

La Commission européenne a proposé aujourd'hui que l'Union européenne fasse pression pour que l'interdiction du commerce international du thon rouge de l'Atlantique entre en vigueur dans le courant de l'année prochaine. La Commission est vivement préoccupée par le fait que la surpêche du thon rouge de l'Atlantique, largement imputable au commerce international, menace gravement les stocks de cette espèce. La proposition sera examinée avec les États membres afin de parvenir à une position commune de l'UE pour la prochaine réunion de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), qui se tiendra à Doha, au Qatar, du 13 au 25 mars 2010.

M. Janez Potočnik, membre de la Commission européenne chargé de l’environnement, a déclaré à ce propos: «Nous avons une responsabilité à l'égard des générations futures, celle de prendre des mesures décisives lorsque nous sommes confrontés à la disparition probablement irréversible d'une espèce. Nous avons le devoir de préserver nos richesses naturelles. Étant donné que les stocks de thon rouge de l'Atlantique risquent fortement d'être bientôt totalement épuisés, nous n'avons d'autre choix que d'agir maintenant et de proposer une interdiction du commerce international de cette espèce.»

Mme Maria Damanaki, membre de la Commission européenne chargé de la pêche et des affaires maritimes, a quant à elle précisé: «Notre objectif est de garantir un avenir durable aux pêcheurs. Pour ce faire, les stocks de thon rouge doivent être sains, et il est évident pour tous que la surpêche n'est pas la meilleure manière de procéder. La mise en place d'un accord spécial pour les navires pratiquant la pêche artisanale constitue un important volet de la solution que nous proposons aujourd'hui.»

La Commission européenne considère que l'état de conservation médiocre des stocks de thon rouge de l'Atlantique est très préoccupant et reconnaît que la demande de cette espèce est en grande partie déterminée par le commerce international.

Bien qu'elle admette que la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (CICTA) a adopté, depuis 2006, une série de mesures pour remédier à cette situation, la Commission européenne considère qu'au vu des données scientifiques disponibles les plus récentes, le thon rouge de l'Atlantique devrait être inscrit à l'annexe I de la CITES.

L'annexe I regroupe les espèces menacées d'extinction dont le commerce doit être soumis à une réglementation particulièrement stricte et ne doit être autorisé que dans des conditions exceptionnelles . Inscrire le thon rouge à l'annexe I signifierait interdire le commerce international de ce poisson.

La Commission européenne propose toutefois que l'inscription ne prenne pas effet immédiatement. La réunion de la CITES à Doha indiquerait que l'entrée en vigueur de cette inscription devrait être décidée par le comité permanent de la CITES dans un délai de 12 mois. Le comité permanent devrait fonder sa décision sur les données scientifiques disponibles les plus récentes relatives à la situation du stock et évaluer le caractère approprié de toute mesure adoptée par la CICTA lors de sa réunion de novembre 2010.

Si l'interdiction entre en vigueur, la Commission européenne veillera à ce que les entreprises de pêche artisanale soient autorisées à approvisionner le marché de l'UE avec des captures provenant des eaux des États membres.

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Commentaires

  • Merci pour cet article.

    Il est étonnant de voir à quel point l'écologie, le développement durable a plusieurs facettes.

    Quand on parle de développement durable et plus précisément de photovoltaïque, de tarif d'achat, cela déchaine les passions, il suffit de voir les réactions des visiteurs sur ce blog.

    Par contre quand on parle, via cet article sur la pêche au thon rouge, de la nécessité de préserver une espèce animale en voie de disparition et de l'hypocrisie de la France ainsi que de l'UE, il n'y a plus personne.

    Il est vrai que les intérêts économiques ne sont pas les mêmes, notre compte en banque n'étant pas touché. C'est malheureux. Je dis ça mais je suis installateur photovoltaïque, cela ne m'empêche pas de me sentir très concerné par ces affaires navrantes de pêche au thon rouge, de chasse à la baleine... Je trouve cela même bien plus grave que la baisse des tarifs d'achat de l'électricité photovoltaïque.

    Ecologie rime aujourd'hui avec économie non pas économie d'énergie mais économie dans le sens rentabilité, placement financier. Et après on dit que les Français sont sensibilisés au développement durable, ils sont sensibilisés au crédit d'impôt et à leur compte en banque plutôt.

  • Effectivement le monde tant Français qu'Européen (et du G8) n"est régit que par l'économie.
    Mais ce n'est pas l'Economie, celle qui aurait une vision globale et à long terme également. Ce n'est même pas la petite économie mesquine d'Harpagon, C'est le business, le profit à court terme au détriment de l'avenir. Un véritable gestionnaire s'interdirait de piocher systématiquement dans le capital. Ceux en place (tant politiques que dirigeants des multinationales) se comportent en rapaces pendant leurs mandats et après avec les rentes et autres parachutes dorés voire platinés !
    Par contre comme pour les OGM rien ne nous empêche de boycotter le thon rouge. Nous ne pouvons quand même pas râler pour l'inaction de nos sphères dirigeantes et acheter encore du thon. La boucle du Marché ne se ferme qu'avec les consommateurs. Et c'est bien plus facile de repérer un thon sur un étal, que des OGM planqués dans les préparations de l'agro-alimentaire. Pas de remords pour les pêcheurs car l'essentiel de la pêche est assuré par quelques bateaux "industriels" sur spécialisés, mécanisés et détruisant au passage l'écosystème, la part des petits pêcheur est infime et ceux-là ne sont pas en "mono pêche"...

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