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Copenhague : quelle route pour Mexico ?

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Le Président de la République reçevait ce jour à 13h des responsables d’associations et ONG impliquées dans les négociations climatiques au sommet de Copenhague. Il avait déjà convoqué une telle réunion, le 10 décembre, avant de se rendre lui-même au sommet, les 17 et 18 décembre. J'étais présent à cette réunion avec cette question : et maintenant ?

Le sommet mondial du climat de Copenhague nous donne en effet la responsabilité, non pas de baisser les bras, mais de redoubler d’efforts. L’important n’est sans doute pas de refaire sans fin le film des évènements de ce non évènement qui a accouché d’une déclaration qui est sans commune mesure avec l’enjeu : enrayer une crise climatique majeure en diminuant drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre maintenant.

Dans ce contexte, ce qui est attendu du Chef de l’Etat n’est pas un exercice de justification mais une description de son projet pour les mois à venir. Voici, à mon sens et dans le désordre, quelques pistes de ce qui pourrait être fait, soumises au débat.

Rechercher un accord juridiquement contraignant. Le sommet de Copenhague marque en réalité le début et non le terme d’un processus de négociation qui doit s’achever au plus tard en 2010. Ainsi que certains observateurs l’ont noté, rien n’aurait été pire qu’un accord médiocre. L’adoption d’une simple déclaration politique sans grande ambition peut créer un électrochoc de nature à créer les conditions d’un véritable accord à Mexico. Il n’y a pas le choix. Parce que le compte à rebours du climat ne s’arrête pas. Parce que les Chefs d’Etat et de Gouvernement devront revenir et ne pourront pas se payer le luxe d’un deuxième échec. Dés le mois de janvier, il importe que tous les Etats mettent sur la place publique leurs objectifs de réduction pour 2020 comme ils s’y sont engagés à Copenhague. Au mois de juin, une nouvelle réunion, concomitante à celle du GIEC et au renouvellement du Congrès américain, permettra de faire le point sur le chemin parcouru ou non depuis la 15ème conférence des parties.

Renforcer la mobilisation citoyenne. L’onde de choc du sommet de Copenhague pourrait être celle de la démobilisation. A trop répéter que ce sommet est un échec et une catastrophe, nombre de citoyens peut être frappé du syndrome de l’ «à quoi bon ? ». La responsabilité du Président de la République est alors de contribuer à la mobilisation citoyenne. D’ici à la conférence de Bonn dans 6 mois et de Mexico dans 12, il est nécessaire qu’un nombre encore plus important d’hommes et de femmes s’engagent pour la conclusion d’un accord global, conforme aux recommandations du GIEC et juridiquement contraignant.

Elargir la pression. Mettre la pression sur les Chefs d’Etat s’est avéré insuffisant. Il faut impliquer un plus grand nombre de personnes, à commencer par les parlementaires. De même, l’interpellation des acteurs économiques doit être exercée. A ce titre, élargir la pression suppose aussi que soit admise une responsabilité collective et qu’un plus grand nombre d’acteurs s’implique. A Copenhague, les associations humanitaires sont intervenues. Demain, il serait utile que les intellectuels, par exemple, s’engagent plus nombreux.

Elargir le cercle des experts. Le débat sur les négociations climatiques intègre les travaux des experts climatologues et météorologues, ce qui est indispensable. Indispensable mais malheureusement insuffisant. A titre d’exemple, ce qui m’a frappé, à l’occasion du sommet de Copenhague est l’absence des juristes et de toute réflexion juridique sur un certain nombre de questions comme celle-ci : qu’est-ce qu’un accord juridiquement contraignant ? Sans cesse demandé par les participants à ce sommet, je n’ai lu nulle part de définition précise. De même, les notions de « réfugiés climatiques » ou de « biens publics mondiaux » doivent impérativement faire l’objet d’un travail de recherche juridique.

Globaliser le problème. Il faut absolument éviter le piève du carbo centrisme. La crise écologique est globale, la réponse doit l’être également. Cela signifie notamment qu’il n’y aura pas une seule réponse au changement climatique mais une pluralité, adaptées aux territoires et cultures. Cela signifie également qu’il faudra changer de modèle économique, changer d’indicateurs, changer de modes de vie…bref, agir sur tous les fronts.

Développer l’éducation à l’environnement. Dans nombre de pays, comme aux Etats-Unis, des citoyens ne croient pas ou ne sont pas conscients de la gravité du dérèglement climatique. L’accés à l’information, la maîtrise des données et la compréhension des enjeux sont fondamentaux. Pour ce faire, l’éducation à l’environnement tout au long de la vie est indispensable, quelle que soit la qualité du travail qui peut être réalisé par la presse. Au contraire, à défaut d’éducation à l’environnement, le flot d’images et de mots sur l’écologie créent un risque de saturation qui serait très préjudiciable à la définition d’une réponse radicale à la crise climatique.

Inscrire la question du climat au cœur des régionales. Ce qui n’a pas été fait au niveau international devra notamment l’être au niveau régional. A défaut de penser déjà global, il faut tout de suite agir local. La campagne des élections régionales offre une occasion de mobilisation pour toutes les associations qui interpelleront candidats et électeurs-trices sur l’enjeu écologique. Il est un fait que les collectivités locales disposent de moyens d’actions pour protéger l’environnement, il importe qu’elles s’en saisissent.

Modifier le projet de loi Grenelle 2. Il est possible de tirer les leçons du sommet de Copenhague tout de suite, alors que le projet de loi Grenelle 2 est encore en discussion à l’Assemblée nationale. Ainsi, l’étau réglementaire qui a été posé sur l’énergie éolienne pourrait être desserré, le régime juridique du captage et stockage de carbone pourrait être supprimé, les dispositions relatives à la trame verte et bleue pourraient être plus contraignantes etc… De manière le processus Grenelle pourrait être réactivé par une prochaine convocation de la Conférence des Parties prenantes. Le Président de la République pourrait utilement saisir les acteurs pour que ceux-ci contribuent à la définition de la voie à suivre jusqu’à Mexico.

Chasser les fausses bonnes idées. Nucléaire, agro carburants, captage et stockage de CO2, carbo centrisme….. Les fausses bonnes idées ne manquent pas et peuvent s’avérer comme des remèdes pires que le mal. Il faudra continuer d’informer les citoyens, les élus et les consommateurs et de se battre contre ces chimères technologiques.

Agir au niveau européen. Si le leadership de l’Union européen a été parfois en dessous des espérances, elle peut reprendre l’initiative dés maintenant. Application stricte du plan énergie climat, aide à l’adaptation des pays pauvres, définition d’une fiscalité verte applicable dans les 27, déblocage de textes importants comme la directive cadre sur la protection des sols, mise en œuvre d’une politique globale qui inclut la biodiversité….. L’Union européenne doit être exemplaire.

Changer la gouvernance des négociations climatiques. Certains voix, comme celle de France Nature Environnement s’étaient élevées avant Copenhague pour réclamer un changement dans la manière de négocier. L’histoire leur a donné raison lorsque les ONG ont été mises à la rue et que la réunion à huis clos d’une vingtaine de Chefs d’Etat a mis en évidence que le multilatéralisme du système Onusien n’est parfois qu’une illusion. Réformer la gouvernance des négociations pour briser le monopole des exécutifs nationaux et garantir un multilatéralisme qui permette réellement aux pays en voie de développement de défendre leurs intérêts, est une urgence. La réflexion sur l’organisation mondiale de l’environnement peut y participer.

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Commentaires

  • alors là j'adhère à 100% aux différents points que vous énumérez et en particulier 4 : les régionales, l'europe, le Grenelle et celui qui me tiens le plus à coeur, celui de l'éducation à l'environnement.

    L'éducation à l'environnement est inscrit dans les programmes de l'éducation nationale, et le réseau d'associations étudiantes dans lequel je suis membre du CA, agit pour que ce soit le cas aussi au niveau de l'Enseignement supérieur en France avec le plan vert.

    L'éducation est un enjeu, et pas seulement sur le sujet de l'environnement mais aussi, et c'est très lié, l'éducation au développement et aux inégalités Nord-Sud.

    Joyeuses fêtes de fin d'année.

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