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Copenhague : un échec fructueux est possible

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« une approche tout ou rien pour juger Copenhague a elle aussi ses dangers. Les deux grands ennemis de la lutte contre le changement climatique ont toujours été le déni et le désespoir ». Ces mots sont ceux de Philip Stephens, éditorialiste au Financial Times, qui, rétrospectivement, avait bien anticipé l’issue du Sommet de Copenhague : un échec fructueux est possible. Après la chute il faut remonter tout de suite sur le cheval.

Certes, il n’y aura pas de traité de Copenhague, composé de chiffres et d’engagements précis, qui aurait permis d’apporter une réponse solide à la crise climatique. Certes, de ce point de vue, si l’on attendait que Copenhague soit le terme réussi d’une négociation démarrée à Bali en 2007, Copenhague est un échec.

En effet, le texte qui vient d’être voté par la Conférence des Parties sur proposition d’une vingtaine de Chefs d’Etats est insuffisant : pas d’objectifs de réduction pour 2050, la définition de l’objectif à 2020 est renvoyé à janvier 2010, la conclusion d’un accord juridiquement contraignant est renvoyé à plus tard.

Le tableau n’est pourtant pas si noir. La tristesse et la révolte des pays les plus pauvres qui sont aussi les plus exposés au dérèglement climatique est, non seulement légitime, mais elle doit être soutenue. De ce point de vue, dénoncer vigoureusement les égoïsmes nationaux des pays du nord est pleinement justifié. Reste qu’il ne fallait pas attendre que la 15ème conférence des parties soit une baguette qui allait tout régler.

Il est tout de même étrange que ceux qui prédisaient son échec depuis des semaines soient aujourd’hui surpris. Concrètement, le sommet de Copenhague peut avoir une onde de choc très négative si la sinistrose règne. Les climatosceptiques tireront parti de cet échec pour tenter de valider leurs théories fumantes. Les citoyens seront à leur tour victimes du syndrome de l’ »à quoi bon? » : à quoi bon se battre pour l’équilibre de la planète si même nos dirigeants ne le font pas ? A cette heure-ci je pense surtout que notre responsabilité collective envers nos enfants est surtout de ne pas baisser les bras. Les commentateurs en chambre sont moins utiles que les acteurs. A titre personnel, je ne me sens pas le droit de me lamenter : à quoi cela sert-il ?

Des raisons d’espérer. Le sommet de Copenhague n’est pas intéressant par son résultat mais par ce qu’il a permis de mettre en lumière. Tout d’abord, son caractère technocratique et anti démocratique a été mis en évidence sur la place publique. Les ONG et autres représentants de la société civile qui ont été chassés hier du centre de conférences sortent considérablement renforcées de ce sommet.  Il sera à l’avenir difficile d’organiser de la même manière qu’à Copenhague un sommet sur le climat.

Deuxième point : l’échec de Copenhague peut créer un électrochoc à l’origine d’une mobilisation citoyenne plus importante qui permette réellement d’obtenir un accord juridiquement contraignant en 2010 : il sera difficile pour nos gouvernants de jouer deux fois de suite la même tragicomédie !

Troisième point : les négociations techniques ont tout de même avancé et ont permis d’identifier clairement les enjeux, les blocages et autres difficultés à surmonter. Copenhague de ce point de vue aura permis de poser enfin un diagnostic. Or, il n’y a pas de bon remède sans bon diagnostic et le paradoxe est qu’aujourd’hui, les moyens de lutter contre la hausse des températures sont connus. Enfin, ce sommet a aussi démontré, l’émergence de l’Afrique sur la scène internationale. Les interventions de certains Chefs d’Etat africains comme celui du Sénégal resteront comme de grands moments. Beaucoup pensait qu’à Copenhague la surprise venait de Copenhague, elle est venue de l’Afrique.

Alors : au travail.

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Commentaires

  • Oui au travail !

    Mais ce doit être dur pour ceux qui, avant Copenhague, avaient déjà travaillé dur. Il ne faut pas oublier de les remercier...
    C'est également dur pour le citoyen : Savoir quelle pierre prendre en premier pour déplacer cette montagne !

  • Copenhague est un échec. La nuit de négociations s'était achevée par un projet d'accord. A minima, considéré par tous comme largement insuffisant. Chacun des participants a campé jusqu'au dernier moment sur ses positions et de confuses discussions se poursuivent ce matin. C'est un texte «insuffisant»,

  • Copenhague est un échec. Et après. Qui s'attendait à autre chose ? Que pouvait-on attendre d'autre des gouvernements actuels et des situations socio-économiques actuelles ? Les États Unis, pays monde, n'a jamais suivi et ne suivra jamais le reste du monde, l'autre monde. La Chine et l'Inde qui explosent maintenant qu'ils suivent en bons élèves le système économique occidental ne pourront pas adhérer avant longue date à une bifurcation globale de ce même système. Les pays en voie de développement n'ont pas les moyens de se poser la question. Il reste donc l'Europe qui semble être proche de l'exploit. Mais il faudrait davantage de maturité à la communauté européenne. Actuellement, l'Europe n'est pas autre chose que « les pays de l'europe ». La communauté européenne n'existe pas, alors comment aboutir à un accord commun d'une utopique communauté mondiale ? C'est essentiellement du temps perdu et de l'image médiatique pour les politiques. La politique ne sauvera pas le monde pour la simple et bonne raison qu'elle n'en a pas la vocation. L'action de la politique s'arrête là où commence le pouvoir qu'elle s'octroie. La politique a plus à faire en s'évertuant à rester au pouvoir qu'à sauver la planète. Alors comment faire face à un phénomène qui dépasse les gouvernements et qui n'est plus de la compétence du pouvoir politique ?
    Rien, si l'on pense que ce qui doit arriver arrivera. Le fatalisme a sans doute de bons jours devant lui. Mais dans des pays comme la France où plus de 90% de la population a reçu une éducation censée lui permettre de comprendre les causes et leurs conséquences on est en droit de s'attendre à autre chose qu'une simple fatalité.
    Le plus consternant c'est que ce n'est pas la technologie qui est à l'origine du bouleversement climatique, mais l'utilisation que nous en faisons. Et c'est justement la technologie qui pourrait, qui peut, nous permettre de réagir face à l'ampleur des dégâts. L'humanité n'a jamais possédé autant de solutions pour agir en faveur du plus grand nombre. Ce qui l'en empêche, c'est encore une fois la politique, et surtout la tradition politique qui est de maintenir un ordre établi, à savoir la domination d'une minorité sur une majorité par le truchement d'une mécanique bien huilée. Tant que nos gouvernements gouverneront non pas pour nous apporter le meilleur mais pour se garder le meilleur il n'y aura pas de progrès social. Nous entendons par progrès social, non pas que le citoyen moyen d'aujourd'hui ait plus que le citoyen moyen d'hier, c'est une évidence, mais qu'il n'y ait plus de citoyen moyen. C'est à dire que le progrès (technologique, mais aussi intellectuel) soit partagé par tous. Humainement rien ne justifie que deux pourcent des personnes adultes, soit bien moins de un pourcent de la population mondiale, possède plus de la moitié des richesses. Encore une fois, seule la politique le justifie !
    S'il n'y a rien à attendre des gouvernements, des états, des politiques quelqu'elles soient, faut-il pour autant retomber dans le fatalisme ? Notre éducation ne nous permet-elle pas d'accéder individuellement à autre chose que la fatalité ? Notre éducation ne nous sert-elle qu'à produire et à consommer de l'inutile ? Notre éducation ne peut-elle nous permettre à titre individuel de réagir, et d'agir ? Notre éducation qui est loin d'être égalitaire reste la chose la mieux partagée dans la société occidentale, c'est pourquoi nous pensons que c'est le seul levier sur lequel chacun puisse s'appuyer (et doit relever) pour prendre conscience du problème qui se pose à l'humanité. Le problème du réchauffement climatique est un problème mondial dans le sens global. C'est à dire qu'il englobe tous les autres problèmes, les problèmes de l'individu, les problèmes du groupe, de la communauté, de la société, de l'état, d'un ensemble d'états, d'un continent, etc. Or, pour que l'action soit mondiale, il faut que chaque état réagisse, pour que chaque état réagisse il faut que chaque société qui le compose réagisse, pour que chaque société réagisse il faut que les communautés réagissent, pour que les communautés réagissent il faut que les groupes réagissent, et pour que les groupes réagissent il faut que les individus réagissent. Et que faut-il pour qu'un individu réagisse ? une prise de conscience de sa place dans le monde. C'est à ce prix, c'est à dire au prix d'un effort intellectuel d'une prise de conscience individuelle et collective (dans le sens « tous ensemble »), que nous pourrons agir rapidement et humainement (c'est l'enjeu principal) en faveur du climat.

  • Je suis entièrement d'accord avec vous. Il faut se (re)mettre au travail, sans traîner, sans se lamenter. Nous n'avons tout simplement pas le droit de nous lamenter.

    Le Droit justement, il en était déjà question dans un de vos précédents articles sur ce blog ("Copenhague : le Droit n'a pas droit de cité au Bella Center") et vous appeliez Monsieur Gossement les juristes à donner de la voie dans les négociations. Etant moi-même juriste, spécialisé en droit international de l'environnement, et particulièrement intéressé par les questions climatiques, j'avais beaucoup apprécié la formule et le ton de cet article.

    Je n'étais pas à Copenhague à mon grand regret et je ne sais donc pas si les juristes ont réussi à se faire entendre. Vu l'issue de la COP, il semblerait malheureusement qu'ils aient échoué. Je pense néanmoins qu'il n'est pas trop tard pour donner de la voie.

    Comme vous le soulignez, et vous êtes un des rares à le faire, il y a eu malgré tout des avancées, fussent-elles minimes et surtout indécelables aux yeux de l'opinion publique.

    Toutefois, je pense que pour vous, pour vos confrères, pour les négociateurs, pour tous ceux qui ont suivi de près ou de loin les négociations depuis Bali, mais également pour moi qui sort à peine de l'université, il y a des raisons d'espérer. D'espérer qu'en 2010 une autre issue sera possible. D'espérer qu'à Mexico ou ailleurs, nos chefs d'Etat parviendront à se mettre d'accord et signeront enfin le traité juridiquement contraignant qui permettra de lutter efficacement et effectivement contre le changement climatique.

    Je suis jeune, certains me trouveront peut-être utopiste, mais je préfère cela que de sombrer dans un fatalisme qui consisterait à dire que tout est définitivement perdu. J'attraperai peut-être la grippe A en ne me faisant pas vacciner contre le virus H1N1 (et encore j'en doute), mais contre le "syndrome de l'"à quoi bon ?"", je suis immunisé.

    J'étais intimement persuadé que Copenhague ne devait pas être vu comme un aboutissement mais plutôt comme un point de départ. Je le suis toujours aujourd'hui. Et si globalement la COP est un échec, cela ne doit pas remettre en cause notre volonté de parvenir à un accord juridiquement contraignant.

    Considérons donc Copenhague comme un "faux-départ" et remettons-nous dans les starting-blocks. Après tout, les athlètes ont toujours droit à une deuxième chance après un faux-départ non ?

  • Bonjour,
    D'abord, bjmgrmt ( ça se prononce comme ça, non ? ) votre réflexion sur le 'syndrome de "l'à quoi bon'" et
    sur la grippe XYZ (désolée, je ne suis pas scientifique.......)
    rejoint assez ce que je pense...
    Franchement, j'ai essayé de vous suivre Arnaud sur twitter pour avoir l'impression d'être à Copenhague sans y être, mais vraiment désolée ,les réseaux sociaux, très peu pour moi........j'aime vraiment pas....... je dois pas être ...... comme il faut.......

    Alors Copenhague : Faux-départ,tentative avortée ???
    Je ne sais pas trop, il est certain qu'un tel échec avoué ne peut qu'inciter à réagir fort, collectivement.
    Mondieu, il va me falloir sortir de ma léthargie; dur, très dur, trop dur ???
    Les ONG (tenues complètement à l'écart des discussions) et la société civile, relayée par la presse (par exemple, l'émission "C'est pas du vent " de RFI (89.00) , retransmise toute la 2ème semaine....... très bien !
    Par twitter, je vous ai quand même écrit (ça va, c'est court...........et fort) LA REVOLUTION EST EN MARCHE..........
    plus que jamais maintenant , non ?
    Virginie Gavalda-Deix

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