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Copenhague : la magie des chiffres et du storytelling

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Les chiffres c'est magique. Le storytelling aussi. On l'avait déjà constaté au vu de l'attrait des sondages et des efforts des débatteurs pour énoncer le maximun de statistiques.  L'annonce aujourd'hui d'objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre par les Etats-Unis, la Chine et le Brésil - que dis-je - par Barack Obama, Hu Jintao et Lula, donne un nouvel exemple de la capacité des chiffres et de la personnification à convaincre. Tentons cependant de voir ce qui se cache derrière ces belles histoires de chiffre.

Visite de courtoisie. Le premier a avoir ouvert le bal a été Barack Obama. Il a déclaré vouloir réduire de 17% les émissions des Etats-Unis d'ici à 2020, de 30% d'ici à 2025 et de 42% d'ici à 2030. Premier problème, il se réfère à l'année 2005 et non pas à 1990. Si on ramène ces engagements à 1990, année de référence de la convention cadre sur le changement climatique, alors les 17% deviennent environ 3% et les 42%, entre 20 et 25%. Ne parlons pas des moyens de financement ou des moyens de garantir le respect des engagements pris.

Deuxième problème : rien de nouveau sous le soleil. Barack Obama n'a fait que reprendre les chiffres actuellement évoqués dans le cadre du débat au Congrès sur le projet de loi Box Kerry. Pourtant, alors même que l'annonce de Barack Obama n'a absolument rien d'extraordinaire, nombre d'observateurs se sont répandus en louanges.

La réalité est que la faiblesse de cet engagement des Etats-Unis choque. Se consoler en le comparant à l'inertie de l'administration Bush n'est pas acceptable lorsque l'on pense à l'ampleur de l'enjeu et à la gravité du défi. On peut aussi comparer la déclaration de Barack Obama aux facéties de Claude Allègre pour se consoler davantage encore.... Le changement climatique fait déjà des victimes, il n'est plus temps pour attendre l'homme providentiel.

En réalité, la seule nouveauté tient à la visite de courtoisie que le Président des Etats-Unis rendra aux négociateurs le 9 décembre. De nouveau, certains éditorialistes ont écrit que cela allait permettre de débloquer les négociations....de qui se moque-t-on ? En réalité, Obama va surtout sécher la réunion des Chefs d'Etat qui devrait se tenir le 17. Mais la magie de la communication a effacé ce fait bien peu glorieux pour le transformer en baguette magique : Barack Obama, sans même rencontrer les autres chefs d'Etat va tout changer, simplement en franchissant l'entrée du Bella Center. En réalité, c'est le service minimun sur le chemin d'Oslo ou le Président des Etats Unis recevra le prix Nobel de la paix.

De quoi parle-t-on ? Non seulement ces chiffres ne sont pas porteurs d'espoir mais ils sont d'un flou absolu. L'un des problèmes des négociations en cours tient en effet à l'absence de définition précise du terme "réduction". Affirmer vouloir réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en réservant le droit de les compenser ou de les enfouir sous nos pieds ne revient pas du tout au même que de les réduire effectivement, physiquement, à la source. Dés l'instant où l'on accepte de rendre synonymes réduction, compensation et enfouissement le débat devient biaisé. Pourtant, aprés l'annonce de Barack Obama, il aurait sans doute été utile de s'interroger sur le fait que le projet de loi climat en discussion au Congrès fait la part belle à l'enfouissement.

Une démocratie climatique ? Le défi du changement climatique ne tient pas qu'au résultat d'une bataille de chiffres. Il ne tient pas non plus aux seuls effets d'annonces. Le défi est démocratique. Soit les citoyens de ce monde entendent être traités en adultes, soit ils remettent leur avenir entre les mains de quelques hommes et femmes qui n'ont pas été élus pour sauver le monde. Sans implication citoyenne, nos élus ne seront jamais en mesure d'avance : la responsabilité devient collective.

Dans ce contexte, cette phrase d'Hervé Le Treut, climatologue français, prend tout son sens : "Dans l'état actuel des choses, la seule garantie, c'est la vigilance de la société civile".

Suis je pessimiste ? Je ne le pense pas. Les vrais pessimistes sont ceux qui attendent tout de quelques personnes. Les vrais optimistes, à mon sens sont ceux qui attendent tout de la mobilisation citoyenne et de ses représentants dans leur pluralité.  Pour finir, un autre chiffre : seulement 32% des français croient en la réussite de Copenhague. Tel est le résultat d'un sondage LH2 Nouvel Obs qui vient d'être publié. Qui peut penser que l'accord de Copenhague peut avoir le moindre intérêt sans adhésion du plus grand nombre ?

En réalité, j'attends beaucoup de Copenhague. J'attends bien plus que des déclarations. J'attends les fondations d'une organisation démocratique mondiale qui permette d'associer élus et corps intermédiaires à la lutte contre la crise écologique dans son ensemble.

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Commentaires

  • Bonjour Arnaud,

    Dans le même ordre d'idée, les chiffres annoncés par la Chine de réduction d'environ 40 % d'émissions par unité de PIB ....compte tenu de sa croissance à au moins 8% l'an ..je suis pas sûr que cela se traduise par une diminution des émissions ... Cela montre que le risque est que Copenhague se transforme en un bel exercice de communication des Gouvernements... pour calmer les opinions ...

    Un petit coup de David Hume - en 1740 il a écrit cela " c'est uniquement de l'égoïsme de l'homme et de sa générosité limitée, ajoutés à la parcimonie de la nature quand elle a pourvu à ses besoins que la justice tire son origine"...

    (piqué dans"le développement durable : une perspective pour le XXI siècle" "organisateurs Jean Paul Marechal/Béatrice Quenault)

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