L'environnement ça commence à bien faire ? (03 mars 2012)

planet B.JPGIl ne se passe pas une semaine sans laquelle on ne me pose pas ce type de question : "Ne pensez vous pas que le Grenelle de l'environnement est mort ? Que les français ne s'intéressent plus à l'environnement ? Que le développement durable est passé de mode ?". Ceci me fait penser à la réponse apocryphe de Galilée : "Et pourtant elle tourne"

J'ai parfois le sentiment que certains parmi ceux qui s'interrogent sur la place de l'environnement dans le débat public, la campagne présidentielle ou dans les préoccupations des français(e), ont d'ores et déjà leur réponse. 

Pourtant, plus que jamais, plus encore qu'en 2007 alors que je participais au Grenelle de l'environnement, il est évident que l'environnement est le sujet clé de notre époque. La raréfaction des ressources naturelles, l'impact de l'envolée des prix des hydrocarbures pour le pouvoir d'achat des ménages, le ralentissement durable de la croissance économique des Etats occidentaux...autant de sujets essentiels qui supposent une réflexion accrue en matière de politique, d'économie et de droit de l'environnement.

On me rétorquera que si chacun convient de l'importance du sujet, il n'en a pas moins disparu des écrans radars de la campagne présidentielle, pour reprendre l'expression de Nicolas Hulot.   On me rétorquera également que l'écologie a toujours eu, dans l'histoire, des cycles, l'intérêt pour cet enjeu succédant au désintérêt. 

Je vous soumets donc mon avis.

En premier lieu, le fait que l'écologie ne soit pas un objet de débat à l'occasion de cette campagne présidentielle n'est pas tout à fait exact. En réalité, le sujet n'a pas tout à fait disparu et la presse relaie régulièrement des débats sur l'énergie nucléaire, le prix du carburant, le malaise agricole ou, plus récemment, le moratoire sur les OGM... 

En second lieu, l'élection présidentielle française est d'abord une élection régionale dont le format rend très difficile un débat public sur les questions d'environnement. Convenons que l'élection présidentielle n'est pas non plus la mesure de toute chose. 

En troisième lieu, dans notre pays d'héritage monarchiste ou bonapartiste, l'intérêt pour un sujet est évalué par sa prise en charge par l'Etat, voire par le Chef de l'Etat. Que ce dernier manifeste son intérêt pour l'environnement et tous les espoirs seraient permis. Qu'il déclare, à l'inverse, que l'environnement ça commence à bien faire et le sujet serait déjà enterré. 

Pour ma part, je ne peux que constater que l'intérêt des étudiant(e)s, et notamment des étudiant(e)s en droit pour l'environnement est bien durable et le nombre de candidatures à des cursus spécialisés en nombre croissant en atteste. Je ne peux également que constater que les responsables d'entreprises, malgré des niveaux de prise de conscience divers, ont compris que ce sujet est un sujet sérieux et incontournable. Au demeurant, la multiplication des experts en environnement et développement durable dans les cabinets d'audit et d'avocats témoigne d'un besoin de conseil en croissance continue dans ce secteur. 

Enfin, je suis convaincu que nomnbre de français se préoccupent de la dégradation de leur environnement, de la qualité de leur cadre de vie, des conséquences sanitaires et alimentaires des atteintes à l'environnement, du poids de leur facture d'électricité dans leur budget etc...

En résumé, si le mot "écologie" est moins employé, le souci de l'environnement s'exprime différemment, sous d'autres formes, mais toujours. 

Un argument encore : j'entends souvent qu'il est moins question de changement climatique qu'à la veille du sommet de Copenhague de 2007. Pour avoir été présent au Bella center et avoir assisté au ballet assez vain des ministres et chefs d'Etat se relayant à la tribune, je ne suis pas certain que la comparaison soit raison. Si des milliers de manifestants se sont, à juste titre, en effet réunis dans la capitale danoise, des millions de citoyens ne se sont pas passionnés pour un évènement diplomatique dont les codes et le jargon dépassaient l'entendement en matière de complexité. 

Enfin, il n'est pas besoin d'attendre. Répéter sans cesse que l'environnement n'intéresse plus personne n'a d'autre effet que de se convaincre de rester couché. Pour ma part, je ne regretterai jamais d'avoir choisi un métier qui me permet, à mon niveau, chaque matin, de me lever pour aller conseiller des hommes et des femmes qui savent qu'il n'est plus possible de faire l'impasse sur ce sujet. 

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