L'honneur de Nicolas Hulot (05 juin 2011)

hulotBorloo.jpgQuiconque s'intéresse à l'écologie ne peut tout à fait se désintéresser du parcours de Nicolas Hulot. Au coeur du mauvais procés qui lui est intenté depuis quelques heures se joue peut-être une partie de l'avenir de l'écologie politique. De quoi Nicolas Hulot pourrait-il être le nom ? D'une écologie au delà de la droite et de la gauche. Faire de l'écologie un mouvement vraiment populaire serait à l'honneur de Nicolas Hulot. 

Vendredi soir 23heures Nicolas Hulot déclare, à propos de Jean-Louis Borloo : «chacun sait que c'est quelqu'un pour qui j'ai du respect (...). C'est vrai, qu'en amont, avant de me lancer, je lui ai parlé de ma candidature». Rien de sensationnel : Nicolas Hulot entretient un dialogue avec Jean-Louis Borloo depuis longtemps et celui-ci a été l'une des clés de la réussite du Grenelle de l'environnement. Leurs entourages se connaissent et les deux hommes se sont donc souvent vus, parfois aidés, parfois engueulés. C'est un secret de polichinelle que les deux hommes s'entendent bien, ont des convictions communes et partagent la même aversion pour le sectarisme, celui-là même qui vient de s'abattre sur Nicolas Hulot. 

Nicolas Hulot a donc admis «avoir un bref instant envisagé un tandem» avec Borloo" avant d''ajouter «J'ai dit un bref instant, car, très rapidement je me suis rendu compte que ce n'était pas compatible avec Europe Écologie-Les Verts auprès de qui je me suis engagé.» 

Deux réactions se sont ensuivies. La première, condescendante : Nicolas Hulot aurait commis une "boulette", une "erreur politique". La deuxième, digne du procés en sorcellerie : Nicolas Hulot aurait gravement pêché pour avoir tout simplement fait état de sa proximité avec un homme..labellisé de "droite". Impardonnable. Les gardiens du temps l'ont vite rappelé à l'ordre et sommé de rester à la maison, de "gauche" forcément. 

Je me rappelle ici des propos de Daniel Cohn-Bendit, entendus aux journées d'été des Verts de Nîmes : qu'est ce que la gauche aujourd'hui ? Le propre de l'écologie politique n'est-il pas d'ouvrir portes et fenêtres, de rassembler toutes les femmes et tous les hommes autour d'un projet commun ? Pour certains, donner des gages de solidarité au Parti socialiste alors que se négocient les bonnes places pour les sénatoriales et les législatives semble bien plus prioritaire que la recherche par Nicolas Hulot d'une stratégie majoritaire dans l'opinion publique. Le but est-il de rassembler celles et qui ceux qui sont déjà rassemblés et convaincus ou d'élargir le cercle ? En d'autres termes, Nicolas Hulot ne doit-il être le paravent que de pratiques politiciennes dépassées ou doit-il au contraire incarner autre chose ?

Je ne le cache pas : la candidature de Nicolas Hulot aux primaires d'Europe Ecologie Les Verts me paraissait bien moins utile que la démarche de l'auteur du Pacte écologique. Je ne suis pas un convaincu de la première heure. Nicolas Hulot, personnage public aux multiples facettes, me semblaient justement devoir conserver ces différentes images sans être contraint de se dépouiller de certaines. Précisément parce que Nicolas Hulot, en 2007, s'est ainsi adressé à tous les français(es). Depuis son entrée en campagne, force est de constater qu'il est sommé tous les deux jours de donner des gages d'orthodoxie socialiste ou écologiste, ce qui confine au grotesque. Depuis deux jours, j'en viens à penser que sa candidature pourrait pourtant être utile lorsque j'entends Nicolas Hulot s'exprimer sans crainte des censeurs et donneurs de leçons. Car, non, il n'y a pas d'un côté les "vrais" écologistes - forcément de gauche - et les "faux", c'est à dire tous ceux qui ne pensent pas comme les premiers. 

A l'échelle des problèmes de la planète et du caractère régional de l'élection présidentielle, les reproches adressés à Nicolas Hulot sont totalement dérisoires. Ils sont cependant révélateurs de cette ligne de fracture entre des écologistes qui réduisent leur champ d'intervention à la gauche - dont la définition reste à faire - et celles et ceux qui entendent faire de l'écologie politique un projet de société vers lequel pourrait converger le plus grand nombre. 

La ligne de partage entre Eva Joly et Nicolas Hulot est donc là  : une écologie minoritaire mais"de gauche" ou une écologie majoritaire dans la société. Ce sera l'honneur de Nicolas Hulot, partageant ici l'idée de Daniel Cohn-Bendit, de continuer à parler avec toutes et tous. Y compris avec Borloo. 

16:00 Écrit par | Lien permanent | Commentaires (9) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | |