Grenelle: la trame verte, un statut de protection inédit de la nature (AFP) (08 mai 2010)

ass nat.jpg(AFP) PARIS - La loi Grenelle 2 qui doit être votée mardi après son examen cette semaine à l'Assemblée, offre, avec la trame verte et bleue un statut de protection de la nature inédit en France, obligeant à tenir compte de la biodiversité avant tous grands travaux.

"C'est la plus grande avancée de cette loi. C'est la partie dont on se souviendra quand on parlera du Grenelle dans cinq ans", estime Arnaud Gossement du Réseau environnement et droit, alors que l'adoption d'autres volets du Grenelle, notamment sur les pesticides, est vivement critiquée par les ONG.

Même satisfaction pour le directeur de la ligue ROC pour la nature, Christophe Aubel. "C'est un véritable acquis. Jusqu'ici, la biodiversité est toujours arrivée en bout de ligne, là, il faudra y réfléchir en amont", se félicite-t-il.

La trame verte et bleue entend préserver la biodiversité en France, alors que de nombreux experts ne cessent d'alerter sur la disparition des espèces animales et végétales et la menace qu'elle fait peser pour l'humanité.

La trame verte (sur terre) et bleue (cours d'eau) vise à faciliter la circulation sur tout le territoire des espèces sauvages (plantes et animaux).

Elle sera constituée de grands espaces naturels et de corridors les reliant ou servant de zones tampons.

"L'une des causes de l'érosion de la biodiversité, c'est la fragmentation des espaces avec la construction des autoroutes, des zones d'activités. Pour protéger les espèces, il faut protéger les espaces", explique Laurent Piermont, président de CDC Biodiversité, auteur du livre "agir pour la nature".

Par ailleurs, cette trame est également "très intéressante dans la perspective du changement climatique qui se traduira nécessairement par la migration d'espèce animales et végétales", ajoute-t-il.

Aussi, désormais, avant de construire des infrastructures, il faudra éviter au maximum de rompre ces bio-corridors, qui seront inscrits dans des "schémas régionaux de cohérence écologique".

Selon l'article 45 adopté vendredi par les députés lors de l'examen du projet de loi Grenelle 2, les infrastructures linéaires de l'Etat (autoroutes et lignes à grande vitesse, ndlr) devront être "compatibles" avec la trame.

En revanche, les collectivités territoriales ne sont appelées qu'à "prendre en compte" ces schémas.

Une nuance qui déçoit le député vert Yves Cochet. "Une +prise en compte+, c'est très faible juridiquement. Donc, si d'un point de vue idéologique c'est plutôt bien, du point de vue de sa mise en oeuvre, il faudra voir ce que ça donne", déclare-t-il à l'AFP.

Pour l'avocat Arnaud Gossement, qui estime qu'une "dynamique irréversible" s'est mise en marche, "par rapport à la manière dont l'homme conçoit la nature c'est un changement complet de paradigme".

"Jusqu'à une période récente, la protection de la nature s'était un peu trop limitée à la création de sanctuaires à l'intérieur desquels on mettait la nature sous cloche. Là, on passe à une vision constructive du rapport de l'homme et de la nature", ajoute-t-il.

Pour lui, la question prioritaire est désormais de débloquer suffisamment de fonds pour réunir scientifiques, associations, élus locaux et acteurs économiques pour cartographier le territoire et définir ces corridors écologiques.

Un travail qui va prendre du temps. "Et pendant ce temps, des projets d'autoroute, de LGV sont en cours", relève Pierre Athanaze de France Nature Environnement (FNE). "Il faudra parfois beaucoup de moyens pour rétablir les connections" entre les écosystèmes, ajoute-t-il, tout en reconnaissant une "avancée" avec l'adoption de la trame.

(©AFP / 08 mai 2010 15h26)

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