Climat : les négociations vont dans le mur (15 août 2009)

climat.jpgLa réunion de Bonn n'a pas davantage permis aux négociations climatiques d'avancer que celle d'Aquila. Elle a même été ajournée sur un constat d'échec, les Etats n'étant d'accord sur rien.

C'est évidemment dramatique car la conférence de Copenhague, censée définir les conditions d'une baisse drastique des émissions mondiales de gaz à effet de serre pour l'aprés 2012, accouchera sans doute d'une déclaration sans contenu ni valeur juridique.

Ce qui est également dramatique tient à ce que personne ne s'interroge sur la gouvernance de ces négociations qui virent à la bataille d'égos entre Chefs d'Etat. Comme d'habitude, les pouvoirs exécutifs nationaux maîtrisent complètement la conduite des négociations. les parlementaires ne sont pas associés et je ne parle même pas des corps intermédiaires comme les syndicats ou les associations, réduits au rôle de spectateurs.

Quant aux opinions publiques, je crains fort que nombre de citoyen(ne)s ne soient pas trés informés ni même intéressés par ces négociations alors que se joue l'avenir du monde.  

Ci dessous : le communiqué de presse publié par la fédération France Nature Environnement et l'un des rares articles de presse sur le ratage des négociations de Bonn (associated press).

Climat: les négociations de Bonn ajournées sur une situation de blocage
AP | 14.08.2009 | 18:31

Après cinq jours de négociations, les représentants de 180 pays réunis cette semaine à Bonn pour préparer le traité post-Kyoto devant être ratifié en décembre à Copenhague ont ajourné vendredi leurs travaux sur une situation de blocage, avant de se retrouver le mois prochain en Thaïlande. Pour l'heure, l'Inde s'oppose aux Etats-Unis en réclamant l'interdiction de toute barrière douanière contre les pays qui refusent de limiter leurs émissions de gaz à effet de serre.

Lors des discussions, l'Inde a proposé l'ajout au projet d'accord d'une clause empêchant toute action d'un pays contre les biens et services d'un autre sur la base de sa politique climatique.

Cette disposition semble principalement dirigée contre les Etats-Unis, où la Chambre des représentants a adopté un projet de loi prévoyant des sanctions contre les pays qui n'accepteraient pas de limiter leurs émissions de gaz à effet de serre. Le Sénat doit également examiner un texte similaire.

Pour Shyam Saran, chef de la délégation indienne à Bonn, de telles mesures s'apparentent à du "protectionnisme sous étiquette verte" et ont compliqué les dernières négociations à Bonn. Les questions commerciales sont "étrangères à ce que nous essayons de construire ici, à savoir une réponse fruit d'une collaboration à un défi mondial extraordinaire", a-t-il déclaré à l'Associated Press.

Au-delà du différend entre l'Inde et les Etats-Unis, les discussions de Bonn ne semblent pas avoir fait bouger les positions sur les réductions d'émissions de gaz à effet de serre.

Signé en 1997, le protocole de Kyoto obligent 37 pays industrialisés à réduire de 5,2% d'ici 2012 leurs émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990, mais ne prévoit aucune contrainte pour les pays en développement.

Or, les pays les plus riches veulent que les économies émergentes, telles que la Chine et l'Inde, partagent le poids de ces exigences en acceptant au moins de ralentir la croissance de leurs émissions, s'ils ne peuvent les réduire. Mais celles-ci renâclent à s'engager précisément, affirmant avoir besoin de plusieurs milliards de dollars de dons de la communauté internationale pour adapter leurs modes de production aux nouvelles exigences climatiques. Et ainsi être en mesure de s'engager sur la scène internationale.

Autre élément de blocage, les pays les plus pauvres souhaitent que les plus industrialisés s'engagent à réduire de 40% leurs émissions en 2020 par rapport à 1990. Or, selon la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques, ces derniers ont seulement accepté, de manière agrégée, une fourchette de 15 à 21%. Un chiffre qui n'inclut par les Etats-Unis, parmi les plus gros pollueurs du monde, qui n'ont pas ratifié le protocole de Kyoto mais affirment vouloir reconnaître le futur accord de Copenhague.

A quatre mois de la conférence de Copenhague, les associations de défense de l'environnement jugent donc que les négociations avancent trop lentement pour espérer parvenir à un accord correct en décembre.

"Le manque de volonté des pays industrialisés hypothèque les possibilités de conclusion d'un accord international à la hauteur des enjeux lors de la conférence de Copenhague en décembre prochain", a ainsi estimé vendredi Sébastien Genest, président de France Nature Environnement (FNE), évoquant une "situation de blocage dramatique".

Dans un communiqué, FNE juge que le sommet du G-20 en septembre à Pittsburgh (Etats-Unis) "sera le prochain rendez-vous crucial".

"Les pays industrialisés devront faire une annonce de financement pour aider les pays émergents et les pays les moins avancés à faire face au réchauffement climatique", explique l'association. "Si les sommes débloquées sont massives, on peut encore espérer que les discussions aboutissent sur un accord correct." AP

Communiqué de Presse FNE – Vendredi 14 août - A Bonn, inquiétudes accrues pour le climat

Depuis lundi 10 et jusqu’à ce soir, se tiennent à Bonn des discussions dites « informelles » dans le cadre des négociations internationales sur le climat. France Nature Environnement s’alarme de la situation actuelle, très inquiétante, alors que la conférence de Copenhague se tiendra en décembre prochain.

Les pays industrialisés ne s’engagent pas suffisamment pour espérer respecter l’objectif « maximum +2°C ». Le bureau exécutif de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques a rendu publique l’analyse des engagements annoncés par les pays développés jusqu’à présent. De manière agrégée, l’ensemble des pays industrialisés parviendrait à une réduction comprise entre 15 et 21% de leurs émissions en 2020 par rapport à 1990 dans le meilleur des cas. Ces chiffres n’incluent pas les Etats-Unis, qui feraient encore chuter la moyenne.

Ce constat est alarmant. D’après le GIEC, afin d’avoir une chance que le changement climatique ne dépasse pas +2°C en 2100, il faudrait notamment que les pays industrialisés réduisent leurs émissions de 25% à 40% d’ici 2020 par rapport à 1990 et que les émissions mondiales atteignent leur maximum d’ici 2015. Nous sommes à peine à la moitié de l’effort nécessaire de la part des pays industrialisés pour être dans les clous.

Ce constat n’est pas nouveau ! FNE a par exemple déjà mis en avant une étude scientifique publiée par la revue Nature [1] qui aboutit aux mêmes conclusions. Et parallèlement, les observations indiquent une accélération des changements climatiques.
Sébastien Genest, président de FNE, fait part de son inquiétude : « Cette situation de blocage est dramatique. Les dirigeants connaissent exactement les besoins pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique, et malgré de beaux discours les négociations n’avancent pas. Chacun attend que l’autre fasse les efforts qu’il ne fait pas. C’est catastrophique.».
Une situation très inquiétante pour Copenhague

Le manque de volonté des pays industrialisés hypothèque les possibilités de conclusion d’un accord international à la hauteur des enjeux lors de la conférence de Copenhague en décembre prochain. Les pays émergents, tels la Chine et l’Inde, annoncent des mesures au plan national, mais ils exigent que les pays industrialisés agissent de manière suffisante (soit au moins 40% de réductions) avant de s’engager eux-mêmes sur la scène internationale.

Le sommet du G8 à Pittsburg sera le prochain rendez-vous crucial : les pays industrialisés devront faire une annonce de financement pour aider les pays émergents et les pays les moins avancés à faire face au réchauffement climatique. Si les sommes débloquées sont massives, on peut encore espérer que les discussions aboutissent sur un accord correct.

« Le climat du XXIème siècle se joue aujourd’hui. Plus que jamais, nos gouvernements doivent avoir du courage politique. Nous pouvons encore rêver d’annonces surprises de la part des pays industrialisés qui augmenteraient leurs efforts de réductions, débloquant ainsi les négociations. Mais pour l’instant, tout amène à être très pessimiste quant à l’avenir climatique du monde » conclut Arnaud Gossement, porte-parole de FNE.

[1] « Halfway to Copenhagen, no way to 2°C », J. Rogelj et al., in Nature Reports Climate Change, Vol 3, July 2009

Plus d’infos :
Le site de l’UNFCC http://unfccc.int/2860.php
Texte publié par l’UNFCC
http://unfccc.int/resource/docs/2009/awg8/eng/misc13a01.pdf

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