Bonus/Malus : qu'a dit le Président de la République ? (20 septembre 2008)

selecgrenell076.jpgLe Président de la République a donc tranché hier soir : le Bonus Malus est une bonne mesure, si bonne qu'il faut attendre un peu pour l'étendre à d'autres produits de consommation que la voiture. Nicolas Sarkozy a donc demandé la constitution d'un groupe de travail pour réfléchir à l'extension de cette formule. Qu'en penser ? Tout d'abord, on ne peut qu'être satisfait de ce que le principe même du Bonus/Malus ne soit pas jeté aux oubliettes. C'est en effet un bon mécanisme qui n'a rien à voir, il faut le rappeller encore et encore, avec une taxe. C'est davantage une subvention qui ne coûte rien, ni aux producteurs, ni aux consommateurs. Certes, il a un peu coûté à l'Etat (140 millions pour le Bonus/Malus auto) mais il faut mettre cette dépense en rapport avec ce que coûte la pollution de l'air en termes de santé et d'environnement. C'est ainsi : on calcule toujours le coût de la protection de l'environnement, jamais le coût de l'inertie, de l'absence de protection de l'environnement. Le Bonus/Malus n'a pas pour seule vertue que de contribuer à la vérité écologique des prix, il comporte aussi un signal prix qui permet d'orienter le consommateur vers des biens qui réconcilient son portefeuille et son environnement. Au final, le principe de cette compensation environnementale est donc conservé mais son démarrage est bien lent.

Pourquoi mettre en place un énième groupe de travail qui doit rassembler les mêmes acteurs que ceux qui ont déjà travaillé, l'an dernier, pendant plusieurs mois, lors du Grenelle de l'environnement ? Il ne faudrait tout de même pas réduire le Grenelle à une négociation permanente dont les résultats concrets se feraient attendre. Voilà qui serait de nature à alimenter le scepticisme envers un nouvel exercice démocratique encore trés jeune. J'entends bien qu'une évaluation économique du système est nécessaire. J'entends aussi que Bercy, qui a tout fait pour s'opposer à cette réforme, y compris en contribuant au cafouillage de communication, aurait pu diligenter et publier cette projection relative à l'impact d'une extension du Bonus/Malus. Il est trop tard pour avoir des regrets et la pire des choses serait certainement de baisser les bras.

Comment en sommes nous arrivés là ? Peut être parce qu'encore trop peu de monde soutient véritablement le Grenelle de l'environnement. Certains de ses acteurs qui sont pourtant engagés par les engagements conclus lors des tables rondes d'octobre 2007, reprennent aujourd'hui d'une main ce qu'ils avaient donné de l'autre. Il est bien entendu trés difficile de supporter ce compromis qui ne peut satisfaire tout le monde, comme tout compromis mais que faire d'autre ? Revenir à la situation antérieure ? La stratégie de l'influence, de la pression, de la communication intensive n'ont pas permis de faire progresser la politique environnementale à la vitesse requise. Si le Grenelle est un processus long et lent, il a l'insigne mérite de correspondre au sens de l'histoire et d'être porteur d'espoir. Non pas l'espoir d'une révolution qui n'arrivera jamais, mais d'un "effet cliquet" qui interdise tout retour en arrière. Certes le Grenelle marque des pauses mais il faut toujours avoir à l'esprit le sur place que nous faisions auparavant. Il me semble difficile de soutenir que nous aurions obtenu un moratoire sur l'OGM MON 810 ou l'abandon  du projet de mine d'or en Guyanne sans la dynamique du Grenelle. La preuve en est que bien des acteurs qui avaient critiqué le Grenelle dénoncent aujourd'hui la moindre hésitation dans sa mise en oeuvre. Au final, on assiste à une battaille de communication au cours de laquelle les journalistes se retrouvent sous les feux croisés des arguments les plus contradictoires et, parfois, les plus faux.

Deux choses m'ont étonné dans les commentaires de cette décision du Président de la République. Primo, il est toujours surprenant de constater l'insistance avec laquelle certains responsables politiques de droite et de gauche, annoncent, certes pour des motifs différents, la "mort du Grenelle". Cela fait au moins dix fois que cette mort est annoncée, la dernière datant du vote de la loi sur les OGM. Les auteurs de cette annonce semblent même parfois s'en réjouir. Est ce à la hauteur de l'enjeu qui est tout de même celui de la survie de la planète ? Surtout, quelle est l'alternative ? Deuxio, l'opposition qui est encore faite entre économie et écologie. Se réjouir de ce que la mise en oeuvre du Bonus/Malus soit différée pour ne pas ajouter aux tensions sur le pouvoir d'achat est un non sens s'agissant d'une réforme qui est fiscalement neutre. Il suffit, pour s'en convaincre, de constater que les construteurs automobiles ont tout de suite compris l'intérêtcommercial de cette mesure et ont même entendu l'amplifier par la création de "super bonus" qui s'étalent en toutes lettres sur les publicités.

 Tout ceci démontre à mon sens l'absence de culture environnementale. L'éducation à l'environnement reste plus que jamais une priorité.

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