Le préfet Frémont rejoint l'Elysée, pour réformer "nuit et jour" (02 août 2008)

PARIS (AFP) — Nouveau directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, le très expérimenté préfet Christian Frémont, qui a travaillé avec des ministres de droite comme de gauche, veut oeuvrer à "la réforme", "nuit et jour".
A 66 ans, il offre un profil plus classique que la jeune énarque Emmanuelle Mignon qu'il remplace.
M. Frémont était préfet d'Aquitaine quand il a rencontré celui qui était alors ministre de l'Intérieur. Il doit à M. Sarkozy, confie-t-il à l'AFP, sa nomination à la région PACA. Une expérience marseillaise de quatre ans "passionnante" pour ce licencié ès lettres amoureux de Marcel Pagnol et d'Alphonse Daudet.
Devenu conseiller du président en mai, chargé de la révision générale des politiques publiques (dossier qu'il conserve), cet ami du secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant se préparait depuis à ce "grand honneur et cette lourde charge". Face à une telle proposition, "on ne réfléchit pas, on accepte".
Mme Mignon est énarque comme lui, mais la nomination de ce grand commis de l'Etat n'en demeure pas moins un retour à une certaine orthodoxie : ce sont souvent des préfets qui ont dirigé les cabinets élyséens (Bertrand Landrieu et Michel Blangy pour Jacques Chirac).
Très présente dans la campagne du candidat Sarkozy son mentor, Mme Mignon avait une dimension plus politique.
M. Frémont a emprunté un chemin pluriel, notamment auprès de deux ministres de l'Intérieur socialistes, Philippe Marchand, puis Paul Quilès.
Il dément pour autant être une nouvelle prise de "l'ouverture" sarkozyenne. "C'est le parcours normal d'un préfet républicain", dit, d'une voix discrète, presque monocorde.
A-t-il profité d'une sanction de la jeune femme, dont des propos sur les sectes avaient suscité la polémique? "Pas du tout", assure l'intéressé. "C'est elle qui a souhaité faire autre chose".
Avant de rejoindre l'Elysée, M. Frémont s'était attelé au lourd chantier du Grenelle de l'environnement, sous la brève houlette d'Alain Juppé, camarade de la promo 1972 de l'ENA, puis de Jean-Louis Borloo, avec lequel les relations étaient notoirement tendues.
Il se félicite d'avoir bâti leur ministère (écologie, énergie, Aménagement...), tout en divisant par deux le nombre de directeurs généraux.
Une illustration de sa philosophie - "les Français ont droit à un service public de grande qualité et au meilleur coût" - qu'il entend mettre en oeuvre comme super-intendant de l'Elysée, "nuit et jour" comme le lui a demandé Nicolas Sarkozy, dont il apprécie le franc-parler.
Sans renier son passé d'énarque - "je suis certainement le Français qui y a passé le plus de temps, j'ai un lourd handicap", plaisante-t-il en référence aux 13 années à la direction des stages -, il puise dans "ses origines paysannes" du côté de la Dordogne, dont il a conservé l'accent, pour "garder les pieds sur terre". "Je ne suis pas un intellectuel", affirme cet homme aux cheveux blancs et sourcils sombres.
Selon Arnaud Gossement, porte-parole de France nature environnement, partenaire du Grenelle de l'environnement, il n'échappe pas à la "caricature du grand serviteur de l'Etat", "gros travailleur" mais "homme froid".
Côté défauts, M. Frémont glisse son "impatience". "Pragmatique et capable de prendre du recul", voilà pour les qualités qu'il se reconnaît. Loin du personnage préféré de ce "bédéphile", Lucky Luke, "l'homme qui tire plus vite que son ombre".
Pour combien de temps cet assidu des chemins de Compostelle est-il là? "A peu près sûr jusqu'au mercredi suivant!", jour du conseil des ministres où se font les nominations, sourit-il.

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