A qui profite le développement durable ? (05 août 2008)

Le Grenelle de l’environnement a certainement offert une tribune mais aussi une légitimité aux associations de défense de l’environnement. Depuis, par un curieux retour de balancier, les ouvrages fleurissent sur les étals des librairies qui pourfendent la pensée supposée unique de ces mêmes associations. Rien de plus chic désormais, surtout lorsqu’on est soi-même un ancien militant, que de pointer du doigt ces « ONG environnementales» qui agissent certainement pour de toutes autres raisons que la défense de la planète. En cette période estivale, partant du principe que seul le débat fait avancer la réflexion, je me suis plongé dans un certain nombre de ces pamphlets. Je ferai ici l’impasse sur les textes qui n’ont d’autre but que de brûler ce qui était hier adulé au moyen de clichés et de raccourcis qui sont proprement grotesques. A l’inverse, je retiens l’analyse de Sylvie Brunel, Professeur de géographie à la Sorbonne : « A qui profite le développement durable ? ». Le propos de l’auteur est clair : le développement durable est devenu un instrument parfaitement maîtrisé par les ONG environnementale mais a mauvais escient. Je cite « ..dans la réalité quotidienne, c’est l’industrie de la peur qui tourne à plein rendement, et les choix technologiques ou sociétaux sont de plus en plus pris en fonction de la prétendue « vox populi », qui est en réalité celle des associations les plus puissantes ou les plus habiles. De peur de se voir accusées de ne pas avoir respecté le principe de précaution, les autorités publiques préfèrent opter pour …l’inaction : ne rien faire plutôt que de déplaire. Or un certain nombre de postulats sur lesquels reposent les principes politiques du développement durable sont erronés, notamment ceux qui se réfèrent au concept de nature ». Ainsi, par le fait de quelques écologistes aux idées courtes ou commerciales, souvent des urbains qui idéalisent une nature en vitrine, le discours sur le développement durable est trop souvent catastrophiste, simpliste sur le thème de la croissance, fondé sur des peurs infondées et, finalement, contreproductif, à côté de la plaque. Je résume mais l’ouvrage retient l’attention en ce qu’il interroge les idées développées par l’écologie associative. Il fait mouche aussi. Le soutien apporté par certains écologistes à l’industrie de la compensation du carbone est peut être prématuré. De même, les agrobiocarburants n’ont pas toujours été dénoncés avec la ferveur actuelle. Bref, l’adhésion à une association ne permet pas de prévenir toute erreur. Toutefois, l’ouvrage comporte deux défauts. Le premier est qu’il oscille entre le style pamphlétaire et celui de l’analyse de fond sans vraiment choisir. Le second est qu’il procède d’une conception erronée des « ONG environnementales ». A mon sens, Sylvie Brunel, malgré sa maîtrise du sujet, ne souligne pas assez que cette expression renvoie à une multitude d’opinions, de débats voire même de divisions et de querelles. Lesdites ONG ont des architectures, des modes d’action et des réseaux très divers. Si un consensus se dégage sur les objectifs, ces associations ne tiennent pas, loin s’en faut, un discours unique sur les moyens et les priorités. Leur rapport au politique, à l’économique et au social varie beaucoup en fonction de la culture et de la sociologie de ces collectifs. Certes, pour les besoins de la communication, leurs revendications ont été simplifiées au point de, parfois, se ressembler. Reste que ce qui fait à mon sens la force et la richesse du mouvement associatif tient précisément à sa diversité et a ses débats. A titre personnel, j’ai toujours soutenu les militants qui se sont opposés, tout au long du Grenelle de l’environnement, aux tentatives de fusion et donc d’appauvrissement du mouvement associatif. En définitive, l’ouvrage de Sylvie Brunel comporte des développements très intéressants en ce qu’ils entretiennent le débat sans démagogie, y compris sur l’exploitation de la thématique du dérèglement climatique, mais, dans un style moins polémiste, aurait été aussi intéressant dépouillé d’une vision assez manichéenne des associations qui ne prétendent avoir toujours raison. Surtout, il me semble qu’il ne faut pas exagérer la capacité d’influence des associations. Si elles sont écoutées du politique, elles ne sont pas toujours, loin de là toujours entendues. S’agissant des responsables économiques, le dialogue est bien souvent difficile en raison d’incompréhensions anciennes. Certes, périodiquement, les médias relaient des campagnes d’opinion ou des alertes mais cela ne suffit pas et s’avère souvent bien moins efficace que des stratégies de lobbying qui bénéficient de moyens, notamment financiers, sans commune mesure. La difficile mise en œuvre des engagements du Grenelle, qui n’ont pas été écrits que par des associations, démontre que certains contre pouvoirs sont bien plus capables d’imposer leurs vues, s’agissant notamment de la création d’autoroutes ou de réacteurs nucléaires. En conclusion, il est certainement indispensable de préciser les critères de représentativité et de légitimité des associations. Il ne faut cependant pas se tromper de cible : elles ne sont pas les pires ennemies du développement durable.

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